Tour d’Europe : semaines 7 à 9

Bilan global

Nombre de kilomètres : 1600 km

Où sommes-nous ? Neuf-Brisach, en France !

Nourriture : les petites incursions en France sont plaisantes et permettent de retrouver des yaourts qui plaisent à toute la famille (merci La laitière)

Vélos : on a rééquipé les enfants à Strasbourg, sans pneu Schwalbe Marathon, les premières crevaisons ne devraient pas tarder…

Bivouac : depuis que nous sommes en Allemagne, nous enchainons les nuits en camping sauvage et c’est vraiment le kif !

Journal de bord

Jour 40 / 8 août 2022

Le réveil se fait à l’ombre. Nous avons presque froid, et aucun de nous n’est motivé pour sortir de son duvet. 

Nous roulons sans problème jusqu’à Bingen, où nous faisons un gros plein de course. Nous commençons à réfléchir au menu de l’anniversaire de Maxine qui est dans 3 jours.

« Papa ! Il y a un truc de mal serré sur le Follow-Me ! »

Je ne prête pas une attention suffisante à l’alerte de Maxine. Cela fait quelques jours que nous constatons avec dépit que son vélo est trop petit pour elle et cela ne passe plus pour le follow-me non plus. Il faut dire que Max est spécialiste dans la croissance à grande vitesse ! 

Crac ! Le vélo accroché s’affaisse, Maxine tombe à moitié de son vélo complètement tordu derrière le mien. L’axe de sa roue avant s’est brisée. Nous nous installons à proximité pour évaluer les dégâts. Le soleil tape déjà fort. Le vélo ne peut plus rouler ni derrière moi, ni seul. Dans notre malheur, nous avons de la chance. Nous sommes dans une ville de grande taille, nous devrions donc trouver un magasin de cycles. Je tente d’abord la chance à pied à l’Intersport à 300 mètres de là. Que dalle. Nada. Rien. Ils ne vendent que des fringues. Le plus proche magasin est à 5 bornes. Je me motive et file avec mon vélo, laissant Clem et les enfants dans une jolie parc arboré avec une chouette aire de jeux en bois et parcours d’eau. Y’a pas à dire, les Allemands s’y connaissent en aire de jeux !

Au magasin, ils n’ont pas exactement la même pièce qui est une pièce spécifique pour le Follow-Me, mais ils ont un axe. Le vélo de Maxine pourra rouler mais elle ne pourra plus s’accrocher à moi, et Arsène devra se contenter de la carriole. Nous en discutons avec Clem à mon retour, et réfléchissons comment modifier l’organisation matérielle du voyage. On va cogiter et observer comment se passent les prochains jours.

Nous avons pris une longue pause, les enfants se sont amusés et nous repartons de Bingen vers 17h. Il fait encore très chaud mais ça commence doucement à se calmer. Je pousse Maxine avec ma main pour l’encourager. Au bout de quelques kilomètres, c’est la chute. Le vélo de Maxine vient percuter ma sacoche avant, je suis déséquilibré, et je la repousse. Nous tombons tous les deux chacun d’un côté du chemin. Quelques égratignures, plus de peur que de mal, mais voilà que Maxine est toute choquée. Nous prenons le temps de la réconforter. Malheureusement, le lieu n’est pas idéal pour s’attarder car peu d’ombre. De plus, nous roulons dans une réserve naturelle, impossible de bivouaquer. 

Nous avançons. Maxine arrive à se motiver grâce à la musique. Elle nous réclame d’écouter Brassens et la chanson du gorille… 

Nous arrivons à un camping vers 19h. Nous sommes un peu déçus de devoir à nouveau planter la tente au milieu des caravanes. Clem tente de trouver un spot bivouac quelques kilomètres plus loin mais revient bredouille.

Nous sommes un peu tendus. Entre la chaleur, la fatigue, les émotions de la journée, le moral a un peu baissé en cette fin de journée. Nous le remontons en offrant aux enfants un peu en avance un petit cadeau lego à chacun d’eux et en commandant de bonnes pizzas. Nous passons une chouette soirée à construire les Lego et les enfants se couchent en ayant hâte d’y jouer demain matin. Ils s’endorment après un nouveau chapitre d’Alice au pays des merveilles (version originale).

Bonne nuit les petits !

Jour 41 / 9 août 2022

Ce matin, nous tardons à sortir du sommeil. Morphée nous retient enfermés dans une merveilleuse prison. Nous avons habilement choisi notre emplacement, nous sommes à l’ombre d’un abricotier. 

Nous prenons une douche matinale, c’est fou comme cela fait du bien. Le jet chasse les dernières traces de sommeil et de transpiration. Nous en ressortons prêts à suer et à affronter une nouvelle journée de chaleur. Les enfants vont à l’aire de jeux après le petit-déjeuner. J’aime ces moments d’autonomie. Nous pouvons les laisser vaquer à leurs occupations, sans surveillance et nous savons qu’ils seront raisonnables (ou presque!).

Nous partons à 11h45 du camping. C’est tard mais les enfants ont eu le temps de jouer avec leurs Lego et de profiter des jeux. Maxine est en forme pour pédaler les 15 kilomètres qui nous séparent de la gare de Mayence. 

Nous roulons au rythme de Maxine. Arsène est attaché à moi. Cela me fait plaisir de le retrouver, de l’entendre à nouveau débiter ses nombreux mots, hachés par le vent. Nous écoutons des chansons Disney en roulant. La musique motive Maxine et l’aide à avancer. Nous sommes exposés au soleil. Ses rayons lacèrent nos nuques, nos bras, nos mollets. Il nous assomme, et nous oblige à mobiliser deux fois plus d’énergie. Si au moins j’étais en train de pédaler dans le Kalahari en Namibie (ici pour les nuls en géographie), je ne m’en plaindrais pas de la chaleur. Les températures, comme partout en Europe, sont supérieures à la normale. Nous vivons le dérèglement climatique, nous constatons en direct des effets néfastes, mais il est toujours question de laisser des sportifs s’affronter dans des stades climatisés construit dans des conditions déplorables au Qatar. Comme cela se fait-il qu’aucun des membres de l’équipe de France ne s’en émeuve ? Ça cogite beaucoup quand on roule…

Nous atteignons finalement la gare de Mayence, nous y pique-niquons. Nous achetons les fameux billets à 9€ qui permettent de voyager dans toute l’Allemagne en illimité pendant 1 mois : cette initiative est géniale. Vivement que la France prenne exemple sur ses voisins. Toujours un peu de galère et de frissons au moment de monter dans le train mais quand on y est préparé, ça aide. On n’a pas le droit de monter dans le premier train, il semble y avoir trop de monde et nous ne sommes pas les seuls cyclos à rester à quais. La petite heure de train est agréable, par la fenêtre nous pouvons admirer le paysage que nous aurions eu à vélo. 

L’arrivée à Ludwigshafen est un peu chaotique. Arsène est fatigué et aurait bien besoin d’une sieste. Il aimerait que nous le portions mais nous devons descendre les vélos. Heureusement un Allemand nous apporte son aide. La sortie de la ville est vraiment agréable. C’est rare qu’une sortie de grande ville soit aussi douce. Nous sommes exclusivement sur des pistes cyclables, souvent éloignés des axes routiers, et nous finissons dans une forêt fraîche. Nous roulons une petite dizaine de kilomètres. Nous faisons le plein d’eau et nous nous mettons en quête d’un spot pour dormir à proximité d’Altrip. Clem va prospecter pendant que je patiente avec les enfants. Elle revient satisfaite. Elle a demandé à une Allemande qui nous indique un chouette spot au bord du Rhin. Un peu plus loin, une autre personne nous indique de continuer pour y trouver tranquillité. Nous y pédalons et installons la tente à l’écart, face à une grande centrale électrique à charbon ! Nous apprendrons plus tard par une promeneuse très sympathique qu’elle devait s’arrêter en 2023 mais qu’en raison de la guerre en Ukraine, cette date est remise en question. Ça paraît pas top comme ça mais il y a en ce lieu quelque chose de spectaculaire : d’un côté, le bord du Rhin sauvage, arboré, sable fin et de l’autre, la big centrale qui impressionne et interroge à la fois. Tout cela sous un soleil couchant aux couleurs chatoyantes.

Les enfants explorent les environs, jouent dans le sable, les cailloux avec leurs bâtons. Ils sont cracra et mériteront une bonne toilette avant le dodo. Dormir en bivouac n’est pas une raison pour oublier l’hygiène de base !

Coucher un peu long, mais les enfants se calment en regardant les étoiles s’allumer une à une, en même temps que s’illumine la centrale électrique. 

Jour 42 / 10 août 2022

Réveillés par le soleil et une envie pressante de Maxine. Nous sortons du sommeil alors que la centrale électrique en face ne l’a jamais trouvé. La pauvre fée électricité doit être bien fatiguée. 

Que c’est plaisant le réveil d’un bivouac. Pas de voisins bruyants, pas de concert de zip de tentes, pas de bruits de moteur dans les allées. 

Un photographe allemand matinal, sans doute amateur d’ornithologie, me salue alors que je prépare le café. Il m’informe que le camping sauvage est interdit en Allemagne. C’est le matin, je n’ai pas envie d’en discuter, mais d’après ce que nous avons lu avec Clem, le bivouac est toléré alors que le camping sauvage est interdit. La nuance est faible mais nous la connaissons. 

Nous partons un peu après 9h15, un arrêt au Lidl tout proche et nous sommes parés pour la journée. L’objectif est de rallier Spire, pour y passer une bonne partie de la journée, et éviter ainsi de pédaler sous le soleil. 

« Papa, Maxine c’est ma sœur, et elle chante bien. Toi, t’as une voix un peu moche, alors tu chantes pas. »

Ah ! Zut, je n’ai plus le droit de chanter le refrain des chansons de « La Reine des Neiges 2 ». Je suis dégoûté, j’adore ce dessin animé.

Nous commençons notre visite de la charmante ville par un petit tour proche de la cathédrale, puis nous allons au musée technique. Celui-ci rassemble une impressionnante collection de véhicules en tout genre et de toutes époques. Les enfants et nous sommes fascinés ! Les engins sont dans un très bon état. Nous pouvons admirer une série de véhicules de pompiers, des avions de la 1ere et de 2ème Guerre Mondiale. Nous pouvons monter dans un Boeing 747, et en descendre par un long toboggan. Nous escaladons dans de vieilles locomotives à vapeur, nous rêvons face à d’antiques voitures à manivelle, nous nous émerveillons en visitant un sous-marin, nous nous évadons en admirant une navette spatiale. Les enfants peuvent faire des petits jeux mais tous sont payants malheureusement. Ils en feront un chacun : Arsène choisit la petite voiture sur un circuit, et Maxine une sorte de balançoire tyrolienne. 

Nous filons ensuite nous rafraîchir à la piscine. Nous sommes un peu inquiets car nous savons que nous en sortirons tard et qu’il faudra pédaler une dizaine de kilomètres pour trouver un camping. Nous tentons plein d’espoir de voir si l’auberge de jeunesse toute proche a de la place. Aïe. Non. Il faudra pédaler. Maxine nous promet qu’elle gardera de l’énergie. Nous en aurions bien besoin d’énergie d’ailleurs ! Plus aucun de nos appareils électroniques n’a de batterie. Il s’agira de ne pas se perdre pour trouver le camping… 

La piscine est très grande, c’est chouette. Un toboggan ravit les enfants. Les bassins extérieurs sont attirants mais malgré la canicule, ils sont un peu frais. Nous préférons les bassins intérieurs à l’abri du soleil et profitons de la baignade.

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Nous repartons vers 18h. La chaleur commence doucement (mais vraiment doucement) à se calmer. La route est agréable, loin des voitures. Pas de paysage extraordinaire, nous avons des champs sur notre droite, à gauche une sorte de digue et derrière celle-ci des arbres. Très peu d’ombre. Le panneau solaire n’a pas suffisamment rechargé mon téléphone et nous n’avons pas de musique pour garder Maxine motivée. Elle pédale sans aucun problème pendant 8 km puis elle commence à montrer de sérieux signes de fatigue. Nous accusons le coup. Nous nous sentons irresponsables de lui infliger cela. Malheureusement, nous n’avons pas beaucoup d’autres solution que d’avancer. Nous ne pouvons même pas nous rassurer en vérifiant le nombre de kilomètres restants. Nous avançons à l’aveugle. 

« Tout va bien, il fait bon, moins chaud, la route est agréable… »

Clem m’aide à relativiser et à ne pas céder à la panique. Maxine se fait une belle frayeur et des petits bobos. Un cycliste allemand nous indique que nous ne sommes plus très loin du camping. Quand nous arrivons, c’est la délivrance générale. Maxine aura bien mérité son anniversaire demain ! Nous décidons de passer deux nuits dans ce camping au bord d’un petit lac et à côté d’un petit bois.

Jour 43 / 11 août 2022

C’est l’anniversaire de Maxine ! A cette occasion, on ne pédale pas. Nous restons dans ce camping au bord du lac. Grasse matinée. Je sors vers 8h pour pédaler 4 km jusqu’à la ville la plus proche pour le petit dej. Farniente au bord du lac le matin et quelques corvées. Puis nous migrons vers les bois où Clem a préparé un chouette endroit pour célébrer l’anniversaire. Hamac, balançoire nomade, tapis, ballon, guirlande et un bon déjeuner de crudités. En dessert, une bougie et un gâteau marbré, et des bonbons bien sûr !

Après-midi dans l’eau rafraîchissante du lac. On est vraiment pas mal. 

Après-demain, nous serons en France. Nous avons hâte de retrouver yaourt et fromage !

Jour 44 / 12 août 2022

Nous quittons le camping vers 10h45. Au moment de payer, ce n’est pas 23€ mais 15€ ! Du jamais vu pour deux nuits ! Il n’avait pas l’air très réveillé en même temps le monsieur…

La route commence par une bonne petite côte pour se mettre en jambe. Nous longeons le Rhin depuis plusieurs jours sur la carte mais nous ne le voyons pas. Il est caché par une digue et des arbres. Nous le retrouvons à Gemersheim. Nous espérons qu’il pourra nous apporter ombre et fraîcheur… Face à nous, un long chemin en bordure du fleuve et presque pas d’ombre. 

« C’est cruel ce manque d’ombre ! me dit Clem alors qu’on cherche un coin où pique-niquer. »

La route est très ensoleillée. Pas d’ombre, pas d’arbre, pas d’abris. Au moindre arrêt, des guêpes nous envahissent. Les feuilles des arbres tombent à cause de la sécheresse, on se croirait en automne lorsque nous traversons des tourbillons de feuilles sèches et orange.

Ce n’est pas facile aujourd’hui. Les nerfs flanchent un peu. La fatigue, le soleil, le manque d’énergie qui en découle. 

Nous nous arrêtons entre un centre aéré et un restaurant sous des arbres, sur un parterre de feuilles mortes. Nous nous reposons. J’arrive à m’endormir un peu. Les enfants jouent. Nous hésitons sur la suite. Nous patientons. La chaleur ne tombe pas. Les minutes défilent, et le soleil reste inlassablement si haut et si chaud. 

Nous partons un peu avant 16h. Maxine s’égratigne le genou au moment de partir. Le nettoyage de la plaie en ajoute une épreuve dont tout le monde se passerait bien et surtout Maxine.

Nous reprenons la route, encouragés par les podcasts « Bestioles » de France-Inter. Clem et moi apprécions particulièrement celle de la taupe. 

Nous avisons un premier lieu de potentiel bivouac, une large saignée dans la forêt vers le Rhin. Nous hésitons, il est encore tôt, et repartons. Quelques centaines de mètres plus loin, nous repérons une aire de bivouac aménagée à l’ombre de grands arbres. Il y a deux voitures de promeneurs et un van. Cela nous convient parfaitement ! Nous sortons le hamac et la balançoire, les Lego et les jouets. Ce réconfort de fin de journée n’a pas de prix !

Après le dîner, j’emmène Arsène grimper sur les troncs d’arbres coupés. Il grimpe comme un chef. 

« Elle serait fier de moi si elle me voyait Camille, hein papa ? »

Je prends une photo en me promettant de l’envoyer à sa monitrice d’escalade. 

Arsène se couche avec Clem. Maxine veut partir à l’aventure et voir des animaux. La nuit tombe doucement. Nous nous aventurons dans la forêt. Rapidement, nous sommes entourés des bruits des sous-bois qui se réveillent avec la relative fraîcheur du crépuscule. Nous observons un couple de cigognes, de nombreuses chauves-souris et un beau coucher de soleil sur le Rhin. Sur le retour, le désir d’aventure a laissé place à une certaine appréhension. Les arbres la nuit c’est un peu inquiétant pour Maxine. Nous croisons le chemin d’un animal. 

« Max ! T’as vu le chevreuil ?

-Non, mais c’est un renard papa ! »

Nous prenons une tisane avec Clem à la tente. Arsène est déjà parti rejoindre ses rêves. La nuit est calme.

Jour 45 / 13 août 2022

Nous nous levons dans la nuit et avons la chance d’admirer une super lune qui illumine la forêt comme un immense réverbère. 

Au petit matin, Arsène et moi jouons aux Lego sur le tapis devant la tente pendant que les filles restent encore un peu au lit. Le plaisir de le voir empiler les petites briques multicolores me rappelle les longues heures à construire moi-même des villes entières quelques dizaines d’années plus tôt (deux dizaines, je ne suis pas si vieux). C’est décidé, à notre retour, j’investis dans les Lego. Je veux pouvoir reconstruire des cités, des temples, des châteaux avec mes enfants. Pour Noel ou mon anniversaire, je ne veux que cela et rien d’autre ! (Papa, maman, beau-papa et belle-maman, j’espère que vous prenez des notes).

Nous décollons de notre bivouac forestier après avoir pris notre temps pour plier bagage ou plutôt plier sacoches. Comme les jours précédents, la chaleur monte rapidement. Encore une fois, nous sommes proches du Rhin mais pas au bord. Nous roulons toujours entre des champs à droite, et digue + forêt à gauche. Ce n’est pas moche mais c’est un peu monotone. Un champ de citrouille casse la monotonie mais rien d’extasiant.Nous changeons de pays en fin d’aprèm. Nous sommes de retour en France. Nous avons hâte de retrouver des yaourts (oui ça nous manque!). Nous arrêtons au premier camping, après une journée à 34 km. Les enfants se mettent en pyjama après la douche et s’installent devant Aladin pour le désormais traditionnel dessin-animé du samedi.

Jour 46 / 14 août 2022

Nous profitons d’être en France pour aller chercher du pain à la boulangerie avec Arsène. 3 petits kilomètres pour acheter un petit bonheur croustillant : la baguette française (et des pains aux chocolat). Sur le chemin, nous surprenons une biche et un faon dans un champs. L’animal bondit sous nos yeux, tandis que son petit essaie maladroitement de se cacher derrière des herbes. 

Encore trop chaud, trop vite, trop tôt. 

A 11h15, nous faisons le point :

« Le supermarché le plus proche est à 5 kilomètres, il ferme dans 45 minutes, et demain, c’est le 15 août, tout sera sûrement fermé… 

-Ok, je file devant avec Arsène, on se retrouve là-bas ! »

Je pars, je fonce avec Arsène. La course contre la montre est enclenchée. La route commence par un chemin caillouteux sur lequel je sens la carriole tanguer à chaque coup de pédale. Nous apercevons trois belles cigognes dans un champ sur la droite. J’espère qu’elles seront encore là pour que Maxine et Clem puissent prendre le temps de les admirer. Un œil sur le GPS, un autre sur les usagers à pied ou à vélo que nous croisons, et qu’il faut éviter. Je tiens un bon rythme et ne le lâche pas. Arsène essaie de discuter avec moi, mais trop concentré, je perds le fil. Je crois qu’il m’annonçait son envie de s’assoupir car je sens sa monture fortement pencher sur la gauche. Je m’agrippe à mon guidon papillon, et maintiens mon cap. Je constate avec plaisir que je reste sur l’EV15, ce sera aisé pour Clem de nous retrouver. J’entre dans la ville de Beinheim. Je ne suis pas tombé, je n’ai renversé personne. J’aperçois le supermarché, mission accomplie ! OUF !

Nous faisons notre plein de course. Je suis tout content de retrouver des produits français dont j’ai l’habitude. Arsène aussi. Il est tout excité et veut tout acheter.

« Papa ! T’as vu les Frosties? Et les compotes comme celles de l’école ! »

Clem nous retrouve à la sortie du magasin. Nous déjeunons à l’ombre devant le supermarché. La chaleur est trop forte pour tenter de trouver une aire dans le coin. 

Nous pédalons. La température est élevée. Maxine se motive en écoutant des podcasts de France-Inter : Les Odyssés. Les contes des 1001 nuits nous accompagnent et nous font un peu oublier le soleil, mais les champs de maïs asséchés nous le rappellent régulièrement. 

Nous faisons une pause à l’ombre, dans une forêt pour un goûter gourmand. Clem et moi nous relayons pour occuper les enfants et permettre à l’autre de se reposer un peu. Maxine et Arsène sont deux tigres : Rajah pour l’une et Griffe pour l’autre. Il faut les promener et les divertir dans la forêt. Ils gardent une énergie impressionnante pour leurs jeux !

Nous reprenons la route. Nous aimerions bien nous faire une nuit en bivouac mais l’envie ne dépasse pas celle de rester sur l’itinéraire, et comme celui-ci est partagé avec les voitures, il n’y a pas beaucoup de possibilités. Nous visons donc le camping que nous atteignons après un total de 43 kilomètres. Nous sommes au bord d’un lac et nous payons 11€. 

Un bon dîner, du chahut dans la tente, quelques chapitres d’Alice au pays des merveilles, et nous voilà tous endormi sous la tente (en vrai, il y a eu encore un peu de négociations pour essayer de reculer l’inéluctable dodo).

Jour 47 / 15 août 2022

Dur dur l’arrivée à Strasbourg ! Les 20 km sont sur route partagées, ça craint ! C’est avec plaisir que nous dormirons dans une auberge de jeunesse ce soir, ça motive. Plus nous approchons de Strasbourg, plus nous profitons des beaux aménagement vélo de la ville. Arrivée à l’auberge en début d’après-midi, nous nous installons dans la chambre, une gros orage éclate suivi d’une belle heure d’averse. Les enfants s’amusent bien avec leurs Lego puis tourne en rond, ils trouvent une bonne occupation devant « Là-haut », et nous un moment de répit pour une bonne douche. 

Nous passons la fin de journée à nous balader dans le jardin des deux rives. Clem va faire des petites courses dans la seule épicerie ouverte du coin, 15 août oblige. Le dîner de pâte bolognaise connaît une catastrophe au moment où Clem apporte les assiettes sur la terrasse de l’Auberge. Arsène tombe la tête la première dans l’assiette de Maxine qui se renverse sur elle et par terre. Là, tu te dis qu’ils ont du niveau parfois ! C’est toujours un vrai plaisir de ne pas passer inaperçu. Nous finissons le dîner en cuisine. Je recuis une portion pour moi pendant que Clem remonte avec les enfants. À mon retour, les enfants sont endormis.

Jour 48 / 16 août 2022

Gros petit déjeuner à volonté à l’auberge. Du beurre ! Wouhou !

Visite de Strasbourg et course. Nous achetons deux vélos chez Decathlon (Cyclable n’avait plus de vélo enfant). Ils nous reprennent celui de Maxine à un bon prix. Il ne manque plus que des vis Follow-Me pour le vélo d’Arsène et ce sera parfait ! En effet, le nouveau vélo de Maxine est trop grand être attaché à nous avec le Follow-Me. Arsène a également un vélo maintenant. Son vélo pouvant s’accrocher au follow-me, il pourra changer entre carriole, pédaler en autonomie ou pédaler accroché à moi. Bientôt des photos pour que ce soit plus clair ! 

Notre cousine Anne qui vit à Strasbourg nous retrouve et nous partageons ensemble un chouette moment avant qu’elle retourne au travail. Nous passons à une boutique Lego pour compléter les cadeaux d’anniversaire d’Arsène, et encore quelques petites courses à assurer, c’est barbant mais necessaire.

Jour 49 / 17 août 2022

Nuit longue et reposante (mis à part un petit réveil d’Arsène). Je me motive et file chez Cyclable pour l’ouverture. Il me faut récupérer des vis Follow-Me pour pouvoir tracter le nouveau vélo d’Arsène. Je ne sais pas si le diamètre des deux vis de dispo correspondent au diamètre de l’axe de la roue. J’espère que oui mais rien de certain. Si ça ne convient pas, nous aurons un vélo de trop sur les bras ! Le vendeur mécano est sympathique et aidant, mais il ne sait pas où son collègue vu la veille a rangé les vis. Il se met à les chercher. Mon cœur bat à cent à l’heure. Les 4 kilomètres pédalés à fond et le stress de ne pas trouver ce qu’il nous faut. Le vendeur les trouve finalement, je les essaie sur la roue que j’avais embarqué avec moi… HOURRA ! C’est parfait ! En revanche, pas de pneu Schwalbe marathon en 24 pouces pour Maxine, ni en 16 pouces pour Arsène. Dommage, je prends donc de quoi réparer des pneus crevés, car avec les pneus basiques, c’est malheureusement certain d’arriver. Espérons qu’il soit plus facile d’en trouver en Allemagne.

Je retrouve Clem et nous allons prendre le petit-déjeuner. Arsène est quelque peu dissipé. Maxine a bien compris le principe du buffet et se régale de 4 Kiri, 2 yaourts nature avec montagne de sucre, 2 verres de jus d’orange, et 1 tartine. Moi je profite de ces derniers instants partagés avec ce qui me manque le plus depuis le départ : le beurre. Purée ! Je pensais que ce serait le vin, le fromage ou autres, mais non, c’est bien le beurre qui me manque le plus. Je suis un vrai Normand (oui, je le préfère doux !). Sans frigo, c’est impossible d’en conserver. Peut-être qu’en automne, ce sera plus aisé. 

Le temps d’installer les attaches du follow-Me sur le nouveau vélo d’Arsène et c’est parti ! Nous roulons bien au départ malgré la pluie. En fait, ça fait plutôt du bien de sortir les kway ! Nous décidons de pédaler en Allemagne de peur d’avoir trop de routes partagées en France, c’est un peu pile ou face donc on préfère suivre notre instinct. Et nous avons bien raison car Arsène pédale 6 kilomètres sur des chemins forestiers avant de nous demander la carriole où il s’endort en quelques instants. Le soleil revient. La chaleur aussi mais beaucoup plus supportable que les jours précédents. Nous stoppons pour déjeuner au bord d’une rivière. Les guêpes sont de la partie et nous ne restons pas trop autour de la table. Maxine se découvre une passion pour la pêche. Nous confectionnons une épuisette avec le filet de linge sale. Pendant qu’elle essaie plus ou moins patiemment d’attraper de petits poissons, nous trempons nos pieds dans l’eau fraîche. 

Nous repartons, et nous nous mettons rapidement en quête d’un endroit où dormir. Il y a quelques lieux pas trop mal, mais nous sommes très proches de la Véloroute. Google nous indique le « Kanucamp » qui ressemble d’après les commentaires à une aire de bivouac aménagée. Nous pédalons les 3 km qui nous en séparent et découvrons un bel endroit au milieu des arbres et non loin d’un étang pour éponger la soif de pêche de Maxine. 

Nous dînons des spaghettis au beurre (en petite dose récupérée au petit-déjeuner à l’auberge de jeunesse), et œuf dur pour Maxine. Pendant le dîner, la lumière rose-orangée des derniers rayons du soleil nous inonde et nous ravit. Clem continue les aventures d’Alice au pays des merveilles. Les enfants sont calmes pendant la séance de lecture, attentifs aux péripéties loufoques de la jeune fille. Nous nous endormons tranquillement, dans un calme paradisiaque.

Jour 50 / 18 août 2022

Nous nous réveillons sous la pluie. Toujours le même plaisir d’être sorti de ses rêves par ce son. Ce matin nous traînons un peu pour le pliage de la tente et le rangement des sacoches. Les enfants en profitent pour aller pêcher au lac tout proche. J’en profite pour appeler mon frère Guillaume.

Nous décollons vers 11h39 après que Maxine soit revenue victorieuse de sa pêche avec un mini poisson tout mignon. Ne vous inquiétez pas, la petite bête a survécu et est retournée dans le lac. 

Nous pédalons 28 km en Allemagne aujourd’hui. Vers 16h30, nous faisons une pause au bord du Rhin. Le soleil est revenu et Clem ne résiste pas à l’envie d’un plouf dans l’eau rafraîchissante. Maxine se remet à pécher. Bredouille. Nous prenons un bac pour dormir dans un camping en France. Petite piscine avec les enfants. Fraîche mais on y va tout de même. Arsène saute avec joie dans le bassin, Maxine est plus timorée !

Nous essuyons une grosse averse orageuse. Notre toute première pluie diluvienne. J’ai tout juste le temps de tout rentrer à l’abri avant les premières gouttes. Nous dînons au sec et nous couchons rapidement. Maxine s’endort en un clin d’œil.

Jour 51 / 19 août 2022

Les enfants font un mini-golf pendant que nous rangeons. Ils adorent ça et espèrent que leurs deux grands-pères les emmèneront y jouer à leur retour. 

Nous retournons pédaler en Allemagne aujourd’hui. Changement de décor : forêt et marais. Fraîcheur et humidité 

Nous cueillons des mirabelles, trop hâte de les dévorer !

Nous admirons de nombreux hérons tout au long de la route. Gracieux et majestueux quand ils s’envolent. Pêcheur patient et impassible lorsqu’ils guettent un poisson, tout le contraire de Maxine. 

Nous retrouvons le Rhin. Il coule paisiblement à notre droite. De l’autre côté, c’est la France. A notre gauche les arbres nous offrent des dégradés de vert incroyables. Chaque essence possède sa nuance. Le Rhin reflète ces lumières et y ajoute sa touche de verdure, tout comme le petit canal au pied de la digue réfléchit les feuilles des arbres. C’est magnifique !

Nous stoppons pour prendre un bon goûter. Maxine en profite pour essayer de pêcher à nouveau, en vain pour son plus grand malheur. 

C’est la fin de l’après-midi, le coup de barre arrive. Le camping le plus proche est à plus de 15 kilomètres, beaucoup trop pour les enfants. Nous nous mettons en quête d’un bon spot bivouac. Nous mettons quelques kilomètres à trouver notre bonheur sur une presqu’île. Le Rhin d’un côté, les arbres de l’autre, et au milieu l’Eurovélo 15. 

Nous montons la tente mais sommes vite entourés de guêpes. Nous déplaçons la tente de quelques mètres, c’est un peu mieux. Clem a repéré un club de voile fermé un peu plus loin. Nous y préparons le dîner pendant que les enfants jouent dans l’aire de jeux. Au menu courgettes râpées, riz, et boîte de sardines. Un œuf dur en complément pour Maxine. Au dessert kiwi jaune, un peu de céréales, et un carré de chocolat pour féliciter ces enfants qui ont fini leurs assiettes. 

Après le coucher des guêpes, c’est le réveil des moustiques. Ils sont sacrément voraces et chaque centimètres carré exposé fait office de festin pour le satané insecte volant. 

Clem finit les aventures d’Alice, ce sera mon tour demain de lire un grand livre aux enfants. J’hésite entre le petit prince ou Jonathan Livingstone le Goéland.

Jour 52 / 20 août 2022

Plus long que Jésus dans le désert, plus de jours que les aventuriers de Koh-Lanta ! 52 JOURS ! Et pile poil 1600km ! Nous sommes tellement fiers du chemin déjà parcouru, et avons hâte de continuer. 

Hier soir, au moment de s’endormir, j’entends un bourdonnement beaucoup trop familier me frôler l’oreille. 

« Purée! Un moustique ! »

J’allume la lumière de mon téléphone. Je le vois ce satané animal. Je l’écrase sans pitié ni remord. Je constate avec dépit que la porte de la chambre est mal fermée. 

ZIP !

Clem et moi partons à la chasse. Les victimes sont nombreuses. Une dizaine de moustiques écrabouillés. Maxine se réveille le lendemain avec une vingtaine de piqures, dont 4 sur le visage. Elle s’est certainement fait piquer également pendant ses sessions de pêche, mais le résultat est impressionnant. Nous replions la tente sous la pluie, et quittons notre bivouac vers 10h. Nous pédalons une quinzaine de kilomètres au bord du Rhin avant le déjeuner dans la jolie ville allemande Brissac. Nous décidons de retraverser vers la France et trouvons un parfait camping avec espace cycles ombragé et calme. On s’y arrête 3 nuits pour se reposer, découvrir la jolie ville Neuf-Brisach (cité Vauban) et passer une belle journée avec notre cousine Juliette et ses enfants, qui habitent dans le coin.

Tour d’Europe : semaines 4 à 6

Bilan

Nombre de kilomètres : plus de 1000 km !

Humeur : Nous sommes ravis d’être sortis des Pays-Bas et découvrons l’Allemagne avec plaisir. Les aménagements vélo ne sont pas aussi bien mais la mentalité allemande est plus proche de la nôtre.

Nb de km : Nous avons significativement augmenté notre moyenne quotidienne et enchainons dernièrement les journées à 40 km

Vitesse moyenne : 13,9 km/h le 7 août 2022

Où sommes-nous : Trechtingshausen (à prononcer sans tousser)

Journal de bord

J’ai été un peu moins rigoureux dans la tenue du journal. J’espère que les lecteurs ne m’en tiendront pas trop rigueur. En cas de réclamations, n’hésitez pas à commenter 😉

Jour 24 / 23 juillet 2022

Journée découverte de Rotterdam. Clem a regardé toutes les places sympas à voir et nous guide à travers les rues. Nous stoppons dans un grand food court aux dimensions impressionnantes, et y dégustons du poisson frit. Nos pas nous emmènent ensuite vers le quartier atypique des maisons cubiques jaunes, puis nous longeons la Meuse jusqu’à un grand parc. 

C’est agréable de se faire une journée sans vélo et en utilisant les transports en commun. Nous ne nous sommes même pas perdus !

Je cueille un Tupperware complet de mûres, je suis trop content, on s’en régale avec Clem en dessert.

Jour 25 / 24 juillet 2022

Je ne suis pas mécontent de quitter Rotterdam. La ville c’est bien mais la campagne c’est mieux. 

On retrouve le centre-ville visité hier et des immenses et innombrables immeubles. On tombe rapidement sur les indications de la Véloroute, mais on la perd au niveau du grand pont blanc. On voit notre prochaine étape indiquée, on se dit qu’en la suivant, on finira bien par retrouver l’itinéraire européen (ou pas ?). 

Un petit arrêt au Lidl, les enfants se régalent d’un donut chacun et nous nous contentons d’un jus de fruits frais. La sortie de la ville n’est pas aussi longue et industrielle que l’entrée, mais ce n’est pas immédiat non plus. Il fait très chaud. Trop chaud. 

Nous longeons pendant un temps l’autoroute. Certaines portions de notre piste sont totalement exposées au soleil, c’est l’horreur. Nous scrutons les coins d’ombre pour nous poser pour un dej. Il est presque 13h quand nous trouvons notre bonheur sous deux grands arbres. Quelques fourmis sont intéressées par notre dej mais ça va. Arsène est tout content car nous avons trouvé du fromage bleu au Lidl. 

On continue à rouler sous ce soleil brûlant, lourd sur nos nuques. Je loupe une indication et on fait deux kilomètres de trop dans la mauvaise direction. Après avoir opéré un demi-tour, alors que je suis dans mes pensées, un mouvement d’Arsène accroché à moi me déséquilibre et je pars sur le côté ce qui nous fait tomber. Une sacoche est abîmé et Arsène tout choqué. Il faut vite repartir pour fuir la chaleur qui s’abat sur nous. 

On pénètre dans la jolie petite ville de Dordrecht. Une rive commerçante et une rive vraiment charmante avec des rue pavées. On rejoint le camping à la sortie de la ville en longeant la rivière. L’accueil est froid mais étant proche de la rivière on est content de trouver de la fraîcheur. 

Une famille de cyclo français s’installe à côté de nous, des enfants du même âge que les nôtres. Ils viennent de Vire en Normandie. Nous engageons facilement la conversation et passons le dîner ensemble à bien discuter de vélo, d’aménagement cyclable idéal, de différences culturelles. Nous partageons nos anecdotes de voyage et de camping pendant que nos enfants commencent à jouer ensemble. Il est tard, l’heure du coucher arrive mais les enfants seront contents de se revoir demain matin.

Jour 26 / 25 juillet 2022

Journée tranquille, Clem souffre de déshydratation de la veille et n’est pas au top, nous coupons à travers les marais pour nous arrêter plus vite. On a envie de vite sortir des Pays-Bas. 

30 km plus tard, nous voici dans un chouette camping, bien plus accueillant que celui de la veille ! Et surtout plus kid friendly. Château gonflable, jeux, immense balançoire. 

Une table de pique-nique qu’on partage avec des Allemands sympas. Ils ont un chien qui plaît à Maxine et une fille de 9 ans qui joue avec Maxine. 

J’arrive à finir le montage de la vidéo de la première étape, c’est cool, j’ai hâte de la poster (à voir ou revoir ici) !

Jour 27 / 26 juillet 2022

Nous quittons le grand camping. C’est dur pour Maxine qui avait bien sympathisé avec la jeune fille allemande et surtout son petit chien. Nous commençons la journée par une traversée en bac. A partir de maintenant, les panneaux que nous suivons sont ceux de l’EV15, la Véloroute du Rhin, et plus ceux de l’EV19 ou Véloroute de la Meuse. Les deux routes se confondaient jusqu’à maintenant. Du coup, pour ceux du fond qui ne suivent pas, c’est notre quatrième Eurovélo après la 4, puis la 12 et la 19 !

Nous traversons des villages charmants, très typique et souvent un beau moulin et de jolies églises. 

Après notre pause déjeuner, alors que nous suivons l’EV15 ou Rijnfietsroute sur une digue le long d’une rivière, d’importants travaux nous détournent sur plusieurs kilomètres. Nous roulons sur une piste cyclable le long d’une route assez fréquentée, ce qui est peu sympathiques. Tellement peu sympathique que nous roulons sans vérifier nos indications. Au bout d’une quinzaine de kilomètres, alors que la déviation est toujours en cours, un doute s’installe en nous. Sommes-nous toujours proche de la Rijnfietsroute ? Après vérification : non. Pas du tout ! Nous quittons notre grosse route départementale pour des petites routes afin de retrouver l’itinéraire. La journée a commencé tard et est un peu longue pour tout le monde. Une fois qu’on rattrape la bonne route, on sent un soulagement. On récupère des jolies routes tranquilles à travers de charmants et jolis villages. Au niveau de la ville de Deil, on décroche et nous partons à la recherche d’un camping à la ferme. Il s’agit d’une ferme équestre qui fait le bonheur de Maxine. Nous sommes super bien accueillis et avons un emplacement avec terrasse en béton. On discute en anglais avec un couple de cyclo. Ils roulent vers Toulouse et ensuite remonterons vers Paris. 

Une chouette partie de Frisbee avant de se coucher et après l’omelette aux pâtes et aux tomates cerises. Demain matin, il faudra que je parte faire des courses au réveil et tirer des sous. Nos réserves (de cash et de nourriture) sont au plus bas !

Jour 28 / 27 juillet 2022

Je me lève avant 8h et pars chercher à manger pour la journée. Le Spar de Deil est bien caché mais il regorge de bonnes choses. J’y achète notamment du lait en prévision d’une prochaine soirée crêpe. Nous prenons le petit-déjeuner dans la salle commune. C’est chouette de manger à une table dis-donc ! 

Nous traversons de très jolis villages aujourd’hui. Nous nous arrêtons dans une aire de jeux colorés. Nous sommes calmes et détendus. La nuit précédente a été bien réparatrice et reposante. Nous offrons une glace aux enfants pour le dessert. Maxine choisit de la recouvrir de vermicelles bleus et Arsène de vermicelles au chocolat. Comme d’habitude, les glaces nous paraissent énorme et déborde du cornet. Sérieux, pourquoi ne pas prendre un cornet plus grand et mettre la même quantité de glace ? 

Nous roulons jusqu’à un camping à la ferme dans une grande ferme. Des jeux à l’entrée, du sable, un trampoline, des daims, des chameaux, des vaches, des lapins et des cochons d’Inde qu’on peut caresser. Le paradis des enfants quoi ! 

Le coucher est un peu tendu, les enfants un peu énervés, et nous aussi. Les nuits sont plus fraîches depuis quelques jours, et nous savourons le confort de nos duvets. Les enfants trouvent agréables de s’emmitoufler dans les leurs. 

Jour 29 / 28 juillet 2022

Wo wo wo !!

Presqu’une semaine de retard sur mes notes quotidiennes ! Pas cool ! 

Nous sommes partis du camping après une discussion avec une hollandaise en français. Pas mal de Hollandais parle françaais, c’est marrant. Nous suivons toujours l’EV15 qui nous emmène dans des forêts et de jolis petits villages. L’objectif du jour : Max roule en autonomie (sans follow-me).

Nous roulons bien le matin, 17 bornes au compteur quand on s’arrête pour le dej. La reprise est dure, et commence avec deux grosses côtes coup sur coup. Un peu hard. D’autant plus que Maxine est dans la carriole et Arsène sur le follow me. Pour notre plus grand bonheur, on enchaine ensuite les chemins forestiers et retrouvons un peu de relief oublié depuis un temps.

Plus tard, alors que j’explique à Arsène qu’il ne faut pas uriner sur un fil électrique, une femme à vélo me salue en français, elle est suivie par trois jeunes filles et le papa. Ils ont tous des sacoches Ortlieb, signe de reconnaissance des voyageurs à vélo (ça marche aussi avec les sacoches Vaude). Je les rattrape et discute rapidement avec eux, ils vont jusqu’à Berlin, et sont partis de Lille. Je les double, rattrape Clem, puis ils nous redoublent alors que Maxine et Arsène échange de place. J’aide Maxine à pédaler et à se motiver à l’hollandaise : je pédale à côté d’elle avec une main derrière son dos. Cela lui plaît beaucoup et nous avançons à bonne allure. Nous recroisons la route de la famille française. Max me glisse :

« J’espère qu’ils vont au même camping que nous, comme ça on pourra se faire des copines ! »

Je ne sais pas où ils vont mais pour le moment, on se croise, se double et recroise encore ! Ils nous demandent notre lieu de campement. N’ayant pas encore décidés, on se décide à suivre leur destination pour le plus grand bonheur des enfants.

L’arrivée au camping/ferme se mérite. Une bonne grosse côte, 10% ! Encore ! Pour un pays plat, il y a beaucoup de côtes aujourd’hui ! Encore une immense ferme. La nuit est chère, 40€ punaise ! C’est une exploitation de vaches laitières. Nous campons avec nos copains cyclos, juste à côté d’un grand près rempli de vaches laitières. Ça meugle dans tous les sens en attendant l’heure de la traite. Les enfants sympathisent rapidement et jouent ensemble pendant que les adultes font connaissance en installant le campement. Ces rencontres sont toujours agréables. Échanger en français, discuter de nos impressions sur le pays, et nos différentes destinations. Ils ont déjà parcouru un bout de l’EV6 en Allemagne et Autriche. Leurs impressions nous donnent l’envie d’y aller tout de suite. Ils nous parlent aussi de Suède où ils ont vécu. Un moment de partage bien agréable…

Nous dînons les uns à côté des autres. Arsène est excité comme une puce et est plus loquace que jamais. Il est heureux d’avoir un public pour l’écouter. Alors que je l’emmène ranger une voiture à pédale, il me confie : 

« C’est trop bien d’avoir des voisins français ! On peut leur parler, on les comprend, c’est chouette ! »

Les enfants se couchent un peu tard mais serein. Les 41km de la journée et la fin d’aprèm et soirée à jouer avec d’autres enfants les a comblés.

Jour 30 / 29 juillet 2022

Vers 4h du matin, Clem me réveille.

« Marco ! Il pleut ! »

Les gouttes rebondissent sur la toile de la tente. Ce son nous berce habituellement, mais là…

« Mince, il faut rentrer le linge ! s’exclame Clem dans la nuit. »

On s’aventure hors de la tente. Immédiatement, la douce chaleur de nos duvets nous manque. Clem s’occupe de ramasser les objets qui traînent sur la table de pique-nique où nous avons diné, je m’occupe du linge. J’installe la capote sur la carriole d’Arsène avant de retourner sous la tente. La fine pluie grossit. 

« Ouf ! Juste à temps ! »

Nous nous se rendormons rapidement et pouvons cette fois-ci profiter sereinement de la douce mélodie de la pluie !

On se réveille paisiblement vers 8h30. Les enfants n’ont qu’une hâte jouer avec leurs copines de la veille. Ils se retrouvent près des quads à pédale (c’est incroyable cette langue française, 4 jeunes filles de 12 à 7 ans, et à cause d’un petit garçon de 5 ans, je dois dire « ils »). Arsène essaie tous les véhicules, ça, il profite ! Nous en voyons dans pratiquement tous les campings depuis que nous sommes aux Pays-Bas, ce qui ravit les enfants. Quand nous étions en Belgique, les enfants regardaient avec envie tous ces petits véhicules disponibles à la location pour arpenter les immenses fronts de mer. Comme quoi, nous avons bien fait de ne pas céder !

Nous prenons le petit déjeuner avec nos voisins, qui offrent gentiment un petit paquet de Frosties à Maxine. Nous partons tous ensemble. Maxine est trop contente de pédaler avec sa nouvelle copine Esther. Elles s’amusent à battre des bras en lâchant le guidon comme des oies sauvages. Ça nous donne quelques frissons mais aucune chute. Nous sommes neuf français à pédaler ensemble avec des vélos pleins de sacoches, un sacré convoi ! Surtout quand on s’arrête ! 

Nous nous quittons à Arnhem. Ils continuent leur route sur l’EV2 ou Véloroute des capitales, et nous toujours sur l’EV15. 

Le soleil est de retour aujourd’hui et nous pédalons sur des pistes dépourvues d’arbres et d’ombres salvatrices. Après un bon pique-nique, nous continuons notre route. Maxine qui a très bien pédalé toute la matinée montre des signes de fatigue, il est temps d’échanger les places. Alors que nous nous apprêtons à traverser le Rhin pour la première fois, nous réalisons que nous sommes sur le point de quitter les Pays-Bas et d’entrer en Allemagne ! Pour une fois, le passage de la frontière est matérialisé par un petit panneau d’accueil. Ils sont bien organisés ces Allemands (oui c’est cliché, et alors ?).

Nous nous arrêtons dans un camping communautaire. Un peu en nous demandant comment ça va être… Nous découvrons un chouette camping pas cher, calme et zen. Les enfants profitent du trampoline. Un grand barbu blond aux cheveux longs vient nous proposer de venir dans le sauna au feu de bois. Tout le monde marche pied nu ici. Arsène est tout heureux de jouer avec un bâton dans la terre. La vie est simple ici, c’est apaisant et ça nous convient totalement.

Le sauna est situé juste à côté d’une mare où barbotent de nombreuses grenouilles. Maxine a diné en les observant, et elle continue d’essayer de les attirer pendant que nous nous offrons une pause étouffante et suffocante mais ô combien relaxante ! Depuis les bancs de bois brûlants, nous avons un décor magnifique face à nous. Des plantes, des fleurs rouges ou violettes, et une petite fille sage à l’affût des batraciens. Arsène est resté à la tente, il écoute une histoire sur la boîte Merlin. Tout est calme (mis à part les jeunes hollandais arrivés tardivement). La lumière du soir est magnifique. Des oies volent en v au-dessus des tentes. Le battement de leurs ailes file dans le vent. Quelques montgolfières complètent le spectacle d’un ciel grandiose, nuageux, harmonieux et bariolé.

Jour 31 / 30 juillet 2022

On prend notre temps ce matin ! L’endroit est vraiment agréable et ne donne pas forcément envie de partir. On hésiterait presque à rester une nuit supplémentaire mais l’idée d’avancer prend le dessus, et on se sent en pleine forme, surtout Clem. Et on a bien eu raison car ce fut une bonne journée de 39km avec 15km/h de moyenne ! 

Nous pédalons à côté d’une route très passante. Les Allemands roulent vraiment vite. Leurs routes départementales étant limitée à 100 km/h, ils ne s’en privent pas. Maxine nous fait quelques frayeurs chaque fois qu’elle décide de lâcher ses mains !

Nous déjeunons dans la ville de Clèves, près de grandes fontaines en escalier. Les enfants ont l’autorisation d’y mettre leurs pieds pour se rafraîchir. C’est un jour de fortes chaleurs. Les pieds ne suffisent pas pour se refroidir. Ils finiront par se mouiller de la tête au pieds !

Après Clèves, nous roulons encore une dizaine de kilomètres à côté des bolides vrombissants allemands. Cela rend les échanges difficiles avec les enfants. Lorsque nous nous retrouvons enfin sur une piste en bordure du Rhin, nous sommes soulagés ! Pour fêter cela, nous écoutons la musique des « Demoiselles de Rochefort » sur l’enceinte. Personne ne s’en lasse encore (pour le moment). 

Nous arrivons à un endroit où 4 campings sont à moins de 50 mètres les uns des autres. Nous testons le premier, accueil pas terrible, emplacement laissant à désirer… On change et 50 mètres plus loin, on trouve quelque chose de tout à fait correcte et posons nos sacoches au camping de Niederheim. 

Le pauvre Arsène tombe deux fois de suite et accumule les bobos. Ses pleurs déclenchent ceux de Maxine. Notre arrivée ne passe pas inaperçu.  Les enfants partent à la découverte du camping, et nous installons le campement et faisons une lessive à la main. A notre retour, Maxine vient à notre rencontre.

« Papa ! Maman ! Venez voir ce qu’on a trouvé ! »

Nous nous rapprochons de la tente, nous demandant quelle trouvaille les enfants vont nous exposer. 

« Regardez ! C’est un petit hérisson ! »

Une boule piquante est dans le t-shirt de Maxine.

« Il est vivant hein ! Il respire, regarde. »

Difficile de ne pas être attendri par le petit animal et l’attention que les enfants lui portent.

« Il marchait au milieu des jeux, on ne voulait pas qu’il lui arrive du mal… On pourrait l’appeler Pico ! »

Après la remise en forêt de Pico et une bonne douche, les enfants regardent leur dessin animé hebdomadaire. Pour le dîner, nous faisons de bonnes crêpes en dessert. Tout le monde se régale !

Jour 32 / 31 juillet 2022

On est efficace pour le rangement, mais on traîne sur la fin et on décolle à 11h45. Frustrant ! Pour le petit-déjeuner, on a fini les crêpes de la veille avec de la pâte à tartiner ou du miel, miam miam ! 

Nous sommes dimanche et selon un cycliste québécois du camping, le dimanche pas grand-chose d’ouvert en Allemagne. 

Nous pédalons tranquillement. Nous guettons les lieux qui nous permettraient de déjeuner. Nous essuyons une première averse. Nous stoppons dans le petit village de Wardt, et trouvons un abri le temps qu’elle passe. 

Après une dizaine de kilomètres, on s’arrête au bord d’un lac pour un repas équilibré composé de frites, de nuggets et de sticks de mozzarella. Les enfants lorgnent sur les pédalos qui voguent sur le lac. Nous nous consultons rapidement avec Clem, et acceptons. Nous embarquons sur un dragon.

« C’est cool ! s’exclame Clem. Ça nous change de d’habitude de pédaler ! »

J’éclate de rire et appuie plus fort sur mes pieds. C’est un exercice assez fatigant, mais c’est chouette de voir les enfants heureux d’avancer sur l’eau. Ils prennent plaisir à diriger l’embarcation. Des canards nagent près de nous. 

Après cela, nous repartons. Arsène s’écroule dans la carriole, terrassé par la fatigue. Nous avançons bien. Maxine pédale sans problème, encouragée par les chansons de Clara Luciani, Ben Mazué, Thérapie Taxi, The Pirouette, Gaël Faye, ou encore Polo&Pan. 

Le temps file, le vent se lève et Google n’indique pas de camping à proximité. Nous décidons de continuer à rouler et commençons à envisager un bivouac. Une pause permet à Arsène et Maxine d’échanger leurs places. Nous pédalons pendant plusieurs kilomètres avec le vent face à nous. Encore cette force invisible qui nous fait tanguer et nous arrache nos dernières réserves d’énergies. Nous dépassons la ville de Rheinberg. Il est plus de 18h. Clem me montre un champ sur la droite.

« Ça pourrait être pas mal ici, non ?

-Ouais, c’est pas mal mais on peut encore avancer un peu, je pense… »

A ce moment, la fine bruine qui nous rafraîchissait se transforme en grosse averse.

« En fait, tu avais complètement raison mon cœur ! C’est très bien là-bas ! »

Nous opérons un demi-tour, et réfugions les enfants sous un grand arbre. On monte la tente sous un déluge qui nous trempe jusqu’aux os. La tente nous offre rapidement un havre de paix. Nous sommes un peu visibles de la route, mais vu la pluie, on s’en fout un peu. 

Nous dînons bien au sec, la pluie cesse et un bel arc-en-ciel se dessine dans le ciel. Nous allongeons dans nos duvets. Je tends l’oreille et suis un peu inquiet à chaque passage de voiture : j’ai hâte que la nuit tombe pour être un peu plus apaisé.

Jour 33 / 1 août 2022

Et bam ! 52 km aujourd’hui ! Départ à 9h, et une belle journée de vélo dans la bonne humeur. Une arrivée à 18h et dans une odeur d’épandage de fumier absolument délicieuse. 

Nous rangeons notre tente pendant que Maxine taille un bâton, et qu’Arsène se prend pour un samouraï avec le sien. Un Allemand passe deux fois devant nous en promenant son chien, et nous adresse un pouce de félicitation. Clem essaie de trouver à quel animal appartient le cri qui l’a un peu empêché de dormir. Il semblerait que ce soit un renard qui soit venu rôder près de nous. Son cri est assez effrayant !

Nous nous mettons en route alors que le soleil timide joue à cache-cache avec les nuages. Nous faisons une petite pause au milieu du parc naturel. J’enlève mon casque pour grimper sur le grand cadre en bois. Nous n’avons pas pris un gros petit-déjeuner et ne nous attardons pas trop. Nous stoppons dans le premier village croisé après environ 5 km. Clem part faire des petites courses, les enfants se défoulent dans l’aire de jeux. Après de bonnes tartines, nous repartons. Il me manque un truc. Je retourne près de là où nous étions assis, près des balançoires. Impossible de le retrouver. J’ai perdu mon casque. Je l’ai oublié 5 km plus loin. Purée ! Le boulet ! Trop loin pour retourner en arrière. C’est dommage, j’y tenais un peu, je l’avais depuis aussi longtemps que mon vélo, depuis la naissance d’Arsène… ce sera l’occasion de m’en faire offrir un pour Noël !

Nous atteignons la grande ville de Duisbourg pour le déjeuner. Je fais des courses, pas de rasoirs jetables. Je dois encore garder ma moustache quelques jours de plus. Les enfants se rafraîchissent dans la fontaine ornée d’une grande sculpture de Nikki de Saint Phalle. Nous pique-niquons dans un chouette parc proche du centre. Superbes jeux, parcours d’eau, grands toboggans. Les enfants sont ravis et on se laisse même prendre aux jeux aussi. Nous avons déjà parcouru 28 km, c’est l’avantage de partir tôt, on roule plus ! Il ne fait pas trop qu’on tire sur la corde, on le sait. Cela fait plusieurs jours que nous pédalons plus de trente kilomètres par jour. C’est hyper satisfaisant mais le retour de bâton peut être un peu dur. 

Nous reprenons l’a route et nous arrêtons à la « Turtle and Tiger Mountain », une oeuvre d’art attraction. L’escalier est en haut d’une colline au milieu des usines (nous roulons sur la route de la culture industrielle allemande et on en voit un paquet !). Le parcourir donne de sacrées sensations et amuse bien les enfants. Nous changeons de Länder (région allemande) et le fléchage des itinéraires vélo est un peu moins bon. Le coup de mou arrive. Le camping n’est plus qu’à quelques kilomètres. Ce n’est pas le moment de perdre ses nerfs. La fatigue ne doit pas gagner ! Même quand on est obligé de s’arrêter trois fois en 100 mètres. Chaque redémarrage demande beaucoup en énergie. 

Nous arrivons au camping qui se trouve sur l’autre rive grâce à un bac. Nous sommes au bord du Rhin, au milieu des tentes de cyclos, c’est chouette. Nous dînons entre deux ricochets. Les avions de ligne décollent non loin de nous en continue. Sans doute un gros aéroport proche de Düsseldorf. On pense à la quantité de kérosène de l’appareil et au bilan carbone désastreux de chacun des passagers, et on comprend le nombre de canicules grandissant (on en parlait déjà ici, et Bonpote en parle très bien ). 

Une petite cuisine nous permet de nous faire une tisane avant de se coucher. La lune se lève, timide croissant qui nous fait rêver de celui qu’on s’offrira au petit-déjeuner demain matin… Mmmmmh miam!

Jour 34 / 2 août 2022

Encore une journée de canicule. 

Nous réussissons à laver tout notre linge sale et à le faire sécher avant le départ. Nous roulons quelques kilomètres et croisons une grande piscine en plein air. Nous nous y arrêtons plusieurs heures pour nous rafraîchir, ça fait du bien.

Nous repartons vers 15h45 pour arriver au camping où nous voulons rester deux nuits. Il est temps de s’arrêter un coup, d’autant plus avec cette chaleur.

Jour 35 / 3 août 2022

Au bout de 35 jours, je me suis enfin rasé ! J’ai un peu galéré à trouver des rasoirs mais c’est bon. J’ai retrouvé mon visage d’adolescent. 

Nous avons passé la journée au camping de Stürzelberg. Il a fait une chaleur écrasante. Clem s’interrogeait sur la suite de notre parcours.

« Est-ce qu’on ne serait pas mieux à filer vers le Nord ? Vers les pays nordiques pour trouver de la fraîcheur ? »

C’est effectivement tentant mais après réflexion, le temps que nous arrivions là-bas, nous aurons louper les beaux jours. Nous nous ravisons donc et nous nous préparons à vivre encore plusieurs jours de canicule.

Je me souviens de la canicule de 2003. J’avais 17 ans. Je passais mes vacances au bord de l’eau en Bretagne avec mes amis Alex, Tristan et Marine (x2). Nous pouvions nous baigner dès le réveil. A la moindre surchauffe, on courrait plonger dans l’eau salée et fraîche. Cela n’avait duré que quelques jours. L’été 2022 me paraît ponctué de tellement d’épisodes caniculaires… 

Nous avons commencé la journée au bord du Rhin. Malgré le passage de nombreuses péniches, l’eau n’était pas repoussante et même agréable. Les enfants en ont bien profité. Nous avons quitté la petite plage du camping alors que le mercure grimpait sérieusement. Nous sommes à nouveau en rade gaz mais la température se prêtait bien à un repas froid composé de différentes crudités, de melon, de jambon et de fromage. 

Clem et moi avons pu faire une vraie sieste pendant que les enfants se sont éclipsés pour dessiner. Ils ont pu ensuite en fin d’aprèm retourner sur la plage. Le sable ne brûlait plus les pieds, mais je trouvais toujours la chaleur étourdissante…

Ce soir, dès le coucher des enfants, nous avons rangé nos affaires dans le but d’un départ vraiment matinal demain. Un voisin met sa musique de merde comme s’il était seul dans le camping. 

« C’est bon ! J’en ai ras le bol ! On arrête le camping, demain bivouac ! »

Jour 36 / 4 août 2022

Départ à 8h20 pour tenter de rouler avant le pic de chaleur.

Le paysage n’est pas ouf. Encore beaucoup d’usines. Nous roulons sur la « Industriestrasse » (la route industrielle) depuis que nous avons rejoint le Rhin. Et bah, les cheminées immenses qui crachent des panaches de fumées alors que la terre chauffe, c’est moyen attrayant. 

Nous devons atteindre Cologne et son Décathlon pour acheter du gaz pour le réchaud. 27km sur le papier, dans la pratique c’est beaucoup plus long. Trop long. Les kilomètres semblent s’allonger au fur et à mesure que le mercure grimpe. Chaque pause, chaque arrêt devient presque un calvaire tant repartir est dur. On sert les dents. On crie. On râle mais on roule. Malgré la chaleur, malgré la charge de nos vélos, malgré les petits chatons qui souffrent de la chaleur à leur niveau aussi. Clem est impressionnante. Elle ne lâche rien et maintient le cap. Moi aussi je suis impressionnant, mais je le savais déjà. 

Nous arrivons à Cologne lessivés. Nous venons de rouler 38 km, et il est à peine 12h30.

Nous décidons de prendre un train pour écourter la route industrielle. Nous descendons à Bonn. Le train, ce moment toujours un peu stressant pour la logistique se passe plutôt bien à la montée sur le quai, ascenseur spacieux, et repère claire. Gros stress cependant quand le train entre en gare pas du tout à la bonne place, le dernier wagon est loin de nous. On court vers le train en laissant la carriole sur place. Je repars ensuite en courant la chercher. Les enfants sont toujours un peu angoissés par ces moments où ils craignent de se retrouver séparés de nous. Ouf ! Tout est embarqué, personne ne manque à l’appel. Le contrôleur arrive, apparemment ici le port du masque est obligatoire. Contrairement à beaucoup de contrôleurs de chez nous, il est adorable ! Il nous aide, nous conseille pour les prochains trajets. Incroyable ? Non juste son métier, m’assure-t-il.

Arrivé à Bonn après une vingtaine de minutes de trajet, on perd un peu de temps, mais dès la sortie de la ville nous sommes récompensés par de très beaux paysages. C’est vallonné, il y a de la verdure à perte de vue et pas de cheminées ! Les 13 kilomètres pour retrouver un camping se font sans douleur.

Au camping, les enfants passent un long moment à jouer avec les Lego reçus gratuitement lors de la visite de la boutique Lego de Bonn. Cela nous donne envie de leur en acheter plus pour le voyage. C’est un jouet pratique, léger, créatif. Et puis, s’ils aiment les Lego, ils vont être content de savoir que nous croiserons la route de Legoland à 2 reprises cette année ! Une fois en Allemagne, et une fois à Copenhague. Personnellement, j’ai super hâte d’y être ! Ma visite de Legoland lors de notre second voyage en Écosse avec ma famille m’a laissé un très bon souvenir. Un bon moment de partage avec Papa, plus qu’avec ma sœur ett sles frères.

Jour 37 / 5 août 2022

Et paf ! On a éclaté notre record de 54 km aujourd’hui ! On en a fait 56 e

Nous plions en prenant tout notre temps, et à 10h15 on est parti. Nous sommes vraiment bien rodés maintenant. 

Maxine commence la journée dans la carriole, Arsène sur le vélo. Le décor est toujours aussi beau même s’il est sous un ciel brumeux ce matin. Nous sommes joyeux de découvrir le « Rhin romantique » après le Rhin industriel.

Nous faisons une pause dej à Andernach dans un joli parc à côté de l’office de tourisme. Les enfants se défoulent, on achète une jolie carte du Rhin. Nous attendons une averse et sommes prêts à nous abriter dans le bateau pirate où jouent les enfants. 

L’après-midi passe rapidement. Nous enchaînons les bornes sans sourciller. Nous nous écartons un peu du Rhin pour dépasser une zone industrielle (grrrr), puis nous arrivons à proximité de Comblence. Nous guettons les opportunités de bivouac mais nous ne sommes pas comblés. La zone est trop urbanisée. Nous nous rabattons sur le camping bondé et hors de prix. 36€ pour une nuit sur un bout d’herbe collés a d’autres tentes et à côté d’un groupe de motards enchaînant les Pils, c’est un poil limite. Je partage certes les mêmes goûts musicaux qu’eux, mais j’apprécie moyennement les hits anglais des années 80 pour m’endormir. 

Nous sommes allés faire un petit tour dans le centre-ville après le dîner. La ville est jolie. Ici, le Rhin rencontre la Moselle. Si nous la descendions, nous nous retrouverions à Metz où nous avons vécu nos premières années de colocation avec Clem quand nous travaillions au Luxembourg et où nous nous sommes mariés.

Demain matin, nous allons prendre le téléphérique pour nous rendre sur la montagne de l’autre rive. Nous devrions en prendre plein les yeux !

Jour 38 / 6 août 2022

Les bikers ont discuté jusqu’à 4h du matin ! Je m’étais endormi assez vite, réveillé par une envie pressante, je n’ai pas pu me rendormir avant que les motards eux-mêmes ne roupillent. Dur dur. 

Dès le réveil, je sais que ce soir ce sera un bivouac. Clem n’en peut plus des campings et de ce manque de calme nécessaire au repos et à l’introspection. Les motards m’ont définitivement convaincu. Je laisse l’ordi à l’accueil pour recharger l’ordi pour le dessin animé hebdomadaire des enfants. 

Nous quittons le camping vers 11h45, on traverse la Moselle comme hier soir, et rejoignons le point de départ du téléphérique qui emmène au sommet de la colline en face. Les sensations sont au rendez-vous alors que la cabine s’élève dans les airs. Les enfants sont émerveillés. Au sommet, nous nous baladons un peu dans le parc, nous admirons les méandres du Rhin, retraçons notre parcours, puis redescendons vers la ville et nos vélos. 

La sortie de la ville est douce, à l’ombre d’arbres au tronc épais et au feuillage touffu. Maxine pédale de bon cœur en ce début d’après-midi. Nous cafouillons à un moment, le fléchage manque de clarté. Nous pédalons vers une voie rapide, mais vraiment très rapide. Nous tentons de garder notre calme. Heureusement que les Allemands sont plutôt du genre courtois avec les cyclistes et nous arrivons à faire stopper 5/6 voitures pour faire demi-jour en sécurité. Nous retrouvons l’itinéraire. Les portions avec arbres et ombre laissent la place à de longues portions bien chauffées par le soleil. 

Une pause au bord du Rhin, Clem ne résiste pas à la tentation, enlève sa robe et se jette dans les eaux rafraîchissantes. Je suis plus timide mais je me mouille aussi mais pas autant qu’elle. Repartir est un peu dur. Nous activons le mode « Recherche de bivouac ». Au bout de deux kilomètres nous trouvons notre bonheur en contrebas de la route. Nous entendons les voitures, mais nous en sommes dissimulés. Face à nous des collines vertes de forêts. Derrière nous, plus haut, des murs de vignes. Les péniches défilent alors que nous essayons d’aplanir l’aire censée accueillir la tente. Les enfants jouent au bord de l’eau. Je sors un sac poubelle et commence un nettoyage de notre espace. C’est un peu peine perdue, mais mieux que rien.

C’est calme et paisible comme nous en rêvions. Les enfants se mettent devant « L’âge de glace 4 », nous nous mettons aux fourneaux. Il faut faire attention à la gestion de l’eau. 

La soirée se termine en écoutant Émilie Jolie et en admirant la lune qui se reflète sur les eaux du Rhin. La nuit promet d’être agréable, même si nous glissons un peu à cause du terrain pentu sur lequel nous campons !

Jour 39 / 7 août 2022

39eme jour de voyage ou le jour où nous avons payé 8€ pour deux glaces à l’italienne dans un festival de street food sur les bords du Rhin en écoutant un orchestre jouer du Paquito comme aux fêtes de Bayonne. 

La chaleur est une nouvelle fois écrasante. La route cycliste longe l’une route départementale très fréquentée. Les Allemands ont le pied lourd sur l’accélérateur et nos conversations sont très (trop) régulièrement interrompue par les bruits sourds et graves des moteurs vrombissants.

Nous nous arrêtons pour déjeuner dans la ville Saint Goar. Les restos sont fermés. Les terrasses des cafés sont infestées de guêpes. Les Allemands semblent y être complétement indifférent. Ce n’est pas notre cas et surtout pas celui de Maxine. Nous quittons la terrasse, on trouve refuge dans un parc plus loin. Tant pis pour les rafraichissements ou pour le café dont je rêvais depuis le réveil. Ce sera plus économe comme ça. On sort notre réchaud, et on se fait des œufs durs pour accompagner notre reste de pâtes de la veille. Le dimanche en Allemagne tout est absolument fermé. Pas de petite épicerie ouverte toute la journée ou de Carrefour Market ouvert le dimanche matin.

Nous avançons vraiment bien aujourd’hui mais le soleil tape vraiment dur. Nous avons appris qu’il y avait des incendies dans le Morbihan. Nous avons lu que l’Iran avait connu une température record de 53°C. Bref, on vit la fin du monde, et Bernard utilise toujours son jet privé pour aller à Londres ou à Lille. 

Nous nous arrêtons au bord du Rhin en milieu d’après-midi pour nous rafraichir. L’eau est délicieuse, transparente. Pas de vase comme dans la seine, mais pleins de galets plats idéaux pour faire des ricochets. Nous marchons dans l’eau jusqu’aux cuisses. Les enfants sont ravis de ces pauses fraicheurs.

Nous atteignons un camping où nous sommes accueillis en allemand uniquement. Malgré 9 années d’enseignement de cette langue au collège, lycée puis école de commerce, je ne comprends toujours pas grand-chose, mais tout un peu plus que Clem. Lorsque la dame me dit le prix, je comprends 30 euros, mais c’est quand elle m’a rendu la monnaie que j’ai compris que c’était 13 euros seulement. Si mes profs successifs me voyaient !

Les enfants jouent dans la petite rivière qui se jettent plus loin dans le Rhin. Nous sommes toujours surpris et un peu gênés de voir à quel point les gens regardent les enfants qui rient ou crient un peu fort. Personne n’exprime sa joie ici, ou bien ? 

Demain, nous quittons la partie du Rhin romantique et entrons dans la partie du Rhin « vigne », même si on est déjà un peu dedans. Depuis hier, nous pédalons entourés de mur de vigne en se demandant comment ils font pour les vendanges !

Tour d’Europe : semaine 3

Bilan

Nombre de kilomètres : 685km

Vitesse moyenne : 12,3 km/h

Où sommes-nous ? Rotterdam baby !

Humeur : ça va ! On est content d’avoir bouclé la première étape du voyage !

Nourriture : les Pays-Bas manquent de yaourts, et tous les fruits sont emballés dans du plastique, mais on s’en sort.

Enfant : en pleine forme ! Maxine pédale toujours aussi bien

Vélos : petite frayeur sur le follow-me, on a étrenné la capote de la Weehoo, Arsène l’a vite adoptée.

Bivouac : toujours impossible, on est heureux de quitter enfin la côte.

Journal de bord

Jour 15 / 14 juillet 2022

Petite étape, et du coup après une petite étape, tu as un peu l’impression que tu viens tout juste de démonter la tente quand tu la remontes !

Le dodo à Dunkerque a fait du bien, et on sent le besoin de récupérer ce matin, l’équipe traîne un peu au lit alors que le chef d’équipe est déjà sur le pied de guerre prêt à affronter de nouveaux kilomètres et à traverser la frontière. 

Clem a une petite forme ce matin, j’assure le rangement un peu en solo, et elle assure l’animation des enfants. Nous roulons sur une jolie voie verte pratiquement dès la sortie du camping, et ô bonheur ! Ô joie ! Il y’a des panneaux partout pour indiquer la route !

On pénètre en Belgique après une bonne pause. Au bout de quelques mètres, le dépaysement est au rendez-vous. De nouvelles enseignes (Texaco, Delhaize, etc.). Nous sommes en territoire flamand, et donc potentiellement pas trop fan de la langue française.

Nous nous arrêtons assez vite à De Panne sur une jolie place avec des fontaines idéales pour se rafraîchir. Les enfants ont un coup de barre et n’en profitent pas vraiment. Il y a un camping pas loin, on décide d’y aller. Nous aurons pédalé 18 km aujourd’hui. Les enfants trouvent leur bonheur aux château gonflable pendant qu’on installe le camp. Le camping étant complet, nous sommes au milieu des caravanes.

A leur retour, nous enchaînons les petits jeux, puis je file faire des courses. Je trouve un Lidl mais les produits proposés sont différents, c’est trop chouette le changement !

Au moment du coucher, la famille allemande à côté de nous, passe à table avec leurs enfants de 2 à 14 ans, leur musique beaucoup trop pour l’heure, et leurs joints. On arrive à tolérer, surtout Arsène qui s’endort sans problème. Pour le reste de la tribu, à 22h30 nous leur demandons de baisser, ils le font mais piano piano hein. On finit par s’endormir en ayant hâte de partir d’ici.

Jour 16 / 15 juillet 2022

« Papa, pourquoi est-ce qu’il n’y a pas que des vélos dans la ville »

La voix de Maxine est tellement innocente, sa question si naïve, mais tellement intéressante. 

« C’est une très bonne question ma puce. Je ne sais pas, mais c’est vrai que ce serait bien ! »

Quelques instants plus tôt, un conducteur dans une petite rue a trouvé utile de faire une grosse accélération pour s’insérer entre Clem et moi. Les violences motorisées ont fortement baissé depuis le passage de la frontière. C’est plus qu’agréable ! 

Nous roulons le long du front de mer ultra urbanisé au bord de plages de sable interminables. Nous ne connaissions pas du tout le littoral belge, mais nous commençons à en avoir un peu assez.

Alors que nous approchons d’Ostende, nous prenons la décision de quitter la Véloroute pour voir un peu ailleurs. Nous embarquons dans un train en direction de Bruges. La Venise du Nord a une résonance particulière pour Clem et moi puisque que c’est ici que je l’ai demandé en mariage (plus d’info sur demande). 

Ce soir nous dormons à Bruges, dans un parking de camping-car un peu à l’arrache ! En effet, nous sommes arrivés à 19h30, on a cru que c’était un camping normal mais pas vraiment. Après quelques instants de réflexions, nous décidons de profiter d’un coin d’herbe du parking entre deux haies pour camper. Le camping sauvage est strictement interdit en Belgique mais nous manquons d’option. Le camping le plus proche est à 30 minutes de vélo et l’accueil en est déjà fermé, les hôtels et les Airbnb en dernière minute sont hors de prix et pas de Warmshowers actifs. Nous laissons les vélos là et partons faire découvrir cette jolie ville aux enfants. Nous monterons la tente en rentrant, ce sera plus discret. Nous prenons les équipements de valeurs avec nous (ordi, téléphone, batterie, enceinte, go pro, etc.)

Jour 17 / 16 juillet 2022

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon ami Justin. J’aurais bien aimé lui souhaiter de vive voix, mais nous devons apprendre à économiser nos données. En même temps, c’est l’Europe, du coup pas de frais en principe. 

La nuit a été agréable. Un peu flippant au début car le moindre bruit de moteur nous faisait craindre de se faire déloger, mais c’est vite passé. J’avais mis un réveil à 7h, histoire de ne pas trop s’éterniser dans l’illégalité, mais ça a été dur de bouger. Il m’a fallu 30 minutes et beaucoup de volonté pour sortir de mon duvet. Quand nous nous sommes installés hier soir à 22h30, nous n’avons rien sorti d’autre que nos duvets et tapis de sol, du coup le rangement est facile ce matin. Il se fait sous l’œil vif de petits lapins à quelques mètres de nous pour le plus grand bonheur de Maxine. Depuis notre départ, ce qui l’intéresse le plus ce sont les animaux. Entre ses escargots qu’elle stocke dans sa sacoche, et tous les chiens qu’elle croise qu’elle doit à tout prix caresser, on a vraiment une amie des bêtes avec nous !

« Mais pourquoi, ils ne pensent pas un peu plus aux vélos quand ils font les routes ? »

La question est surprenante surtout maintenant que nous sommes aux Pays-Bas. Nous roulons sur une piste de fins graviers très (très) peu fréquentée par les motorisés. Depuis notre entrée en Belgique, et encore plus depuis cette nouvelle frontière, les aménagements vélo sont légion. Il y en a partout. Des pistes réservées, des voies partagées bien délimitées, des indications régulières et claires, des priorités instaurées, etc. Mais la question demeure intéressante. Toutes les villes que nous connaissons sont pensées en priorité pour la circulation des voitures avant tout. On perce des artères pour que les moteurs puissent rejoindre le cœur des villes. 

Les pays plats sont plaisants car ils nécessitent peu d’effort, pour autant il y a le vent. Et comme aujourd’hui, quand il n’est pas avec nous, nous le sentons bien nous pousser dans le mauvais sens. Le vent, soit il est avec toi et tu ne le sens pas, soit il est contre toi et tu ne sens que ça. Il ne facilite pas la communication non plus. Le vent nous balaye et il éloigne les mots des enfants loin de nos oreilles. 

Nous sommes particulièrement contents d’avoir pris la tangente et d’être sorti de la côte hier. Nous nous en approchons à nouveau de celle-ci en fin d’après-midi, mais cette journée à pédaler au bord de canaux ombragés ou dans la campagne parsemée de moulins nous a enchantés. 

Nous trouvons refuge pour la nuit dans un grand camping à la ferme, très calme, au tarif exorbitant de 41€ la nuit…

« Je comprends mieux pourquoi tant de Hollandais viennent dans les campings français… »

La sagacité de Clem me régale. Les enfants profitent des trampolines (ceux-ci ne sont pas moches, ils sont au sol avec un trou en dessous, top !), nous installons le camp. Des petites courses à 3km, douches, dîner… Une certaine routine quoi ! Souvent, les passants nous souhaitent de bonnes vacances, mais c’est notre quotidien maintenant. Vélo, vélo, dodo. 

On essaie de se coucher tôt ce soir pour récupérer un peu de sommeil. On regarde nos cartes et songeons à modifier notre itinéraire pour éviter de longues portions de côtes. Nous allons sans doute enlever l’Espagne de notre itinéraire et remplacer la Velodyssee par la Véloroute des Pèlerins. De toute façon, pour le moment nous avançons moins vite que je ne le pensais, on sera donc obligé de faire des choix ou des raccourcis en train. C’est agréable d’avoir cette flexibilité dans notre itinéraire. Se replonger dans les cartes nous fait rêver et donne envie d’avancer. A suivre !

Jour 18 / 17 juillet 2022

Deuxième jour au Pays-Bas ! Cette fois plus de possibilité de parler français, nous parlons anglais tout le temps ! 

Réveil matinal pour moi, j’ai envie de décoller avant que le soleil ne tape trop. Il est vrai que je parle moins météo dans mes récits depuis quelques jours, mais c’est parce que c’est toujours la même : grand ciel bleu et soleil chaud ! Les enfants filent aux jeux, nous nous attelons au rangement. Toujours les mêmes gestes qui se répètent et pourtant pour le moment, aucun ennui à les refaire encore et encore tous les jours. 

Pour le moment, on ne se sent pas encore totalement voyageurs au long cours, nous sommes en vacances. Il faut dire que les conditions météorologiques et la côte n’aident pas à avoir une autre impression. 

Nous retrouvons rapidement la mer. Le nombre de cyclistes est incroyable. Les aménagements sont tellement optimaux pour les vélos que cela donne forcément envie de pédaler. Il suffit d’une volonté politique de mettre le vélo au cœur de son urbanisation pour que les gens s’y mettent ! Quel exemple pour la France ! Les Pays-Bas c’est 18 millions de vélos (plus que d’habitants) et 35 000 km de piste cyclable. Ce soir, je suis allé faire des courses au Lidl. Pas un mètre de route partagée sur les deux kilomètres pour m’y rendre. C’est fascinant. 

Nous avons fait une longue pause sur la plage ce midi. En y arrivant, nous sommes assaillis par des bêtes d’orage qui se répandent partout sur nous. Le mélange avec la sueur sur le visage les rend chatouilleux et dérangeants. Maxine adore les croque-monsieur locaux, Arsène continue de se nourrir principalement de melon. Les enfants ont bien joué dans les vagues provoquées par les nombreux porte-container qui s’enfilent dans le défilé vers le port d’Anvers. Toutes ces boîtes multicolores qui ont fait le tour du monde ont un petit côté fascinant et désespérant. Ces rubik’s cubes géants ne s’arrêtent jamais, sauf si l’un d’eux est bloqué dans un canal bien entendu. 

Nous repartons et prenons un ferry pour traverser la traversée. Clem est aux anges, elle adore les bateaux et le mal de mer qu’elle choppe à chaque fois. Les enfants aiment bien, même si Maxine rapidement nous sort sa nouvelle grande phrase : « Je m’ennuie »

Nous nous arrêtons au premier camping croisé. Il coûte cher, mais il est aussi agréable que celui de la veille. Les enfants trouvent leur bonheur avec les tracteur et kart à pédale. 

Le coucher est moins chaotique ce soir, nous arrivons à mieux cadrer les enfants ce qui les apaise (et nous aussi !). Dans quelques jours nous serons à Rotterdam, et nous aurons ainsi bouclé la première grande étape de notre voyage. Nous trouverons le Rhin et le suivrons jusqu’à Bâle pour la deuxième grande étape du voyage.

Jour 19 / 18 juillet 2022

Température ressentie dès qu’on descend du vélo : 45 degrés ! Quand je pense qu’il existe encore des personnes persuadées que le réchauffement climatique est une lubie des écologistes pour faire peur aux enfants le soir avant de se coucher. 

« Dodo maintenant ! Sinon on va te parler de l’avenir de la planète et de comment il y sera impossible de survivre parce qu’on voulait rouler dans nos gros SUV, partir en week-end à Marrakech et regarder des hommes courir après un ballon dans un stade climatisé au milieu du désert. »

La journée a bien commencé, le camping nous a coûté 15€ et non pas 50 comme je l’avais compris. Résultat, j’exulte de joie au moment du départ vers 10h30. Nous roulons à l’ombre des arbres sur des pistes cyclables. L’équilibre des vélos n’est toujours très facile à garder lorsqu’on croise d’autres vélos ou qu’on se fait doubler. Quelques particularités amusantes de nos amis européens les hollandais : 

  1. Les scooters circulent sur les pistes cyclables et ceux-ci sont très silencieux
  2. Quand ils circulent sur les pistes cyclables, les utilisateurs n’ont pas de casques
  3. Les cyclistes n’ont presque jamais de casques, sauf les enfants en très bas âge
  4. Les Hollandais ne sont pas du tout gênés de rouler deux par deux côtes à côte.
  5. Même chargés comme des mules, le Hollandais est très à l’aise sur son vélo

Nous nous arrêtons pour le déjeuner alors que nous atteignons le sommet de notre première digue. C’est impressionnant de réaliser la quantité de terre gagnée sur la mer. Nous avons trouvé un coin d’ombre, nous n’arrêtons pas de vider nos gourdes pour garder nos gosiers bien hydratés. 

Nous repartons, Arsène s’installe derrière moi. Nous avançons bien, mais qu’est-ce que la chaleur est écrasante. Nous sommes un peu surpris de voir tant d’enfants et de personnes sans chapeau sur la tête pour se protéger. 

Nous stoppons pour une pause glace vers 14h30 dans un joli petit village, bien animé par un grand marché. Les zones ombragées sont prises d’assaut. Nous décidons de pousser jusqu’au pont de la presqu’île. Il est trop tôt pour s’arrêter de rouler, d’autant plus que nous ne sommes pas sûr de trouver de l’ombre au camping. 

Nous traversons à présent des forêts apaisantes aux branches biscornues. Le fin gravier de la route est agréable sous nos pneus. Il y a de légères variations de dénivelées, on se croirait presque sur une pumptrack.

C’est tellement plaisant que cela donne envie à Maxine de pédaler seule sans qu’on lui propose. Malheureusement, le plaisir est de courte durée. Bientôt le fin gravier laisse place à une épaisse couche de gravier qui accroche nos roues et nous ralentissent. Les arbres s’espacent, La déception de Maxine grandit. La route est ensuite pavée de brique, ce qui n’est pas plus agréable que le revêtement précédent. La fatigue monte mais les températures ne baissent pas. Nous avons repéré un camping, qui semble avoir une piscine d’après les photos du site en néerlandais. Nous y plaçons beaucoup d’espoir, espérant un bon rafraîchissement et divertissement pour les enfants. Nous laissons de côté l’immense camping/village de chalets à proximité d’une plage fréquentée. En arrivant, le couperet tombe sur nos nuques nulles en néerlandais : pas de piscine ! Nous testons la plage la plus proche, gavée d’algues et dans un décor à la limite du glauque. Nous nous ravisons sur une longue douche salvatrice. Le camping est au milieu d’un champ d’éoliennes, c’est beau. Clem accuse le coup. Trop de chaleur. Elle s’allonge, je gère les enfants et la fin de journée pour qu’elle puisse retrouver ses forces. Nous savons que la journée de demain sera encore très chaude, nous nous organisons pour un départ très matinal, on vise 8h !

Le coucher se fait alors que la chaleur n’est pas encore complètement tombée mais le besoin de sommeil est important après une telle journée. Avant d’aller au lit, Clem et moi scrutons notre carte de l’Europe. Nous avançons un peu moins vite que prévu et on sait maintenant que pédaler en bord de mer n’est pas notre truc. On préfère les fleuves, les canaux ou les campagnes légèrement vallonnées. On songe à laisser de côté la partie espagnole et à revoir complètement l’itinéraire à partir de la Slovénie…

Jour 20 / 19 juillet 2022

Nous nous levons à 7h, le soleil commence déjà à chauffer. Nous replions les quelques affaires qui nous restent, puis nous sortons les enfants de leurs duvets. Pour un rapide petit dej et plier la tente. A 8h20 nous quittons le camping et prenons la direction du pont qui doit nous mener vers une autre presqu’île. Le pont est aussi un barrage hydroélectrique. Une voie est spécialement aménagée pour les véhicules de services et les vélos. Nous atteignons une île au milieu du pont. Sur celle-ci, la route est longée par de larges berges goudronnées sur lesquelles Maxine s’éclate (au sens figuré). Elle monte, redescend à toute vitesse avec des sourires qui font plaisir à voir.

« T’as vu ça maman ? Je vais super vite ! C’est super ! On dirait un skate Park ! »

Le skate Park continue pendant environ 2 km pour le plaisir de Maxine. Clem et Arsène filent droit devant. Nous retrouvons le pont. Nous sommes entourés de majestueuses éoliennes. Leurs ombres semblent vouloir nous découper. Une immense lame sombre qui s’abat sous nos roues. 

Le pont mesure 10 km. Il est à peine 10h quand nous en sortons. La chaleur monte en flèche maintenant que nous avons retrouvé la terre ferme. Nous nous arrêtons devant l’accueil d’un parcours accrobranche. Les enfants ont des étoiles dans les yeux à l’idée d’être sous les arbres pendant la canicule. L’idée nous plait aussi. Première déception, Arsène est trop petit. A défaut de grimpette, on décide de profiter du lieu pour un bon petit dej. Deuxième déception.

On se décide à rouler, conscients qu’il sera nécessaire de s’arrêter rapidement pour affronter sereinement les hautes températures. Après des courses et un dej sur un banc à l’ombre, nous trouvons refuge dans un joli camping à la ferme. Nous sommes accueillis en français, avec une citronnade fraîche, et une mandarine chacun. Nous installons à l’ombre de deux grands arbres. Il est tôt mais le lieu est chouette. Nous faisons de petites activités : dessin avec maman, construction d’une cabane pour lutin avec papa. Arsène est fier d’apprendre à se servir de la scie de notre leatherman et Maxine ravie d’apprendre à tailler en pointe un bâton. Maxine a fait un magnifique dessin bucolique et Arsène était tout heureux d’écrire le prénom de sa marraine.

La chaleur ne tombant toujours pas, les enfants trouve un peu de fraîcheur en regardant l’Age de Glace. Arsène et Maxine éclatent de rire devant les pitreries de Sid le paresseux. 

Nous finissons la journée par des douches. Clem nous prévient que le jet est vraiment très agréable et motive les enfants à se rafraichir comme elle sous une douche froide.

Le dîner est pris tôt. Les enfants ont encore de l’énergie dans leurs batteries, alors que nos piles sont à plat depuis longtemps. Ils se disputent pour un oui ou un non, pour une minute de trop sur la balançoire alors que c’est le tour de l’autre…

« Puisque c’est comme ça, je joue plus jamais avec toi ! crie Maxine sur son petit frère. »

Moins de 5 minutes plus tard : 

« Arsène ! Tu viens te balader derrière moi sur mon vélo pour jouer au taxi ? »

Le coucher est compliqué. Il fait chaud. Les enfants hollandais sont revenus de la plage et chahutent pas loin de nos enfants qu’on essaie de convaincre à se laisser emporter par le sommeil. Demain, une pluie salvatrice devrait déferler sur nous et calmer les esprits de l’équipage.

Jour 21 / 20 juillet 2022

« On n’a pas toujours dit qu’on préfère la pluie au vent ? 

-Canicule ou vent, on verra ce soir ce qu’on préfère ! »

Nous nous réveillons sous un vent à décorner les bœufs (pour connaître l’origine de l’expression, vous pouvez cliquer ici). 

Nous partons de bonne heure, avant 9h30. Le rangement le soir avant de se coucher aide à décoller vite ! Maxine est bien motivée à pédaler seule, c’est chouette. La météo est agréable. La chaleur de la canicule a laissé place à un souffle chaud, et les nuages gris annoncent des gentilles averses rafraîchissantes. 

Nous roulons entre les arbres, puis derrière la dune, et rejoignons rapidement le pont pour rejoindre une nouvelle presqu’île. Nous discutons plusieurs minutes avec des cyclistes français partis de Dieppe et en route pour Amsterdam. Nous avalons les kilomètres comme nos gourdes d’eau pendant la canicule. Maxine enchaine les montées et les descentes dans les petits chemins. 

De nombreux camping-car semblent avoir passer la nuit sur la digue. Quel intérêt ? Ce n’est pas le plus beau des décors ? Le vent souffle dans le bon sens et nous porte. Le revêtement du sol est doux, comme une impression de rouler sur du coton. Clem et les enfants inventent et se racontent des histoires. Chacun leur tour, ils inventent des histoires de famille de lutins, des trois petits lapins (création originale de Maxine inspirée librement des trois petits cochons), et autres univers fantasques qu’ils apprécient. Je roule en tête, m’assurant de l’itinéraire, ce qui est facile avec la signalisation hollandaise. J’en profite pour multiplier les vidéos avec la GoPro en espérant que j’arrive à produire une vidéo de qualité. 

Nous déjeunons sous les arbres sur une table de pique-nique. Maxine est inquiète car elle craint les tiques. Nous la rassurons en lui expliquant que ça n’arrive pas souvent de choper des tiques. J’en ai eu un seul en 36 ans, et pareil pour Clem ! Nous essuyons quelques averses pendant notre pause mais rien de décourageant. Les oies sauvages qui nous survolaient en nombre deux jours plus tôt sont amassées dans les champs.

La pluie révèle l’odeur âcre de la terre. Nous hésitons sans cesse à enlever nos manteaux et à remettre nos lunettes de soleil. La pluie laisse place à de fugaces et chaudes éclaircies.

Nous stoppons à un camping grand luxe, avec piscine. Avant d’y poser nos sacoches, j’y vais en éclaireur. Le tarif de 50,50€ pour une nuit ne nous convainc pas trop et nous lui préférons le camping à la ferme tout proche (mais 34,50€ tout de même !). 

« Bon ! Où est-ce qu’on peut planter la tente les enfants ? Il n’y a pas beaucoup de place… »

La question de Clem interloque les enfants qui observent les champs vide autour de nous. 

« Mais ! Mais, il y a plein de place ! »

Les enfants sont ravis. Pas de piscine mais des animaux !

« Papa ! Maman ! Arsène est resté à la ferme mais vous n’allez pas me croire ! Il y a des daims et une autruche ! » 

La joie de Maxine est communicative et fait plaisir à entendre.  

Nous dînons, et allons faire une petite toilette. Nous découvrons à ce moment une tique sur Maxine et une sur Arsène. Ils se déshabillent et finalement nous en décomptons une petite dizaine ! 

Retour à la tente après l’extraction. Je ne vais pas donner de détails, mais ce n’était pas hyper drôle. Espérons que l’inspection de Clémence et moi ne donne pas le même résultat !

Jour 22 / 21 juillet 2022

Nous sommes tirés du sommeil par le picotement des gouttes de pluie sur la toile de la tente. Nous sommes bercés par ce doux rythme et nous faisons une grasse matinée familiale. 

Nous prenons le petit déjeuner au sec sous la tente. Une initiation au poney à lieu juste à côté de nous. Maxine les observe avec envie. Nous lui promettons que nous essaierions de lui en faire faire le jour de son anniversaire. 

Je replie la tente sous la pluie, pas cool. Nous repartons du camping à 12h30, bien loin de nos dernières performances… avec l’humidité, Maxine retrouve ses amis les escargots sur la route, et se met en tête de sauver tous les escargots qui traversent la piste cyclable. Cela n’aide pas dans la progression mais cela la motive bien ! En plus de la pluie, nous avons le droit à du vent. 

« C’est pratique la pluie et le vent ! me lance Clem. Ça permet de réduire la taille des sacoches ! »

Nous progressons tranquillement, nous arrêtant régulièrement pour venir en aide à des escargots. Certains sont absolument gigantesques, aussi gros que deux fois mon pouce !

Ayant fini notre deuxième bouteille de gaz hier soir et n’ayant pas de provision pour le dej, nous décidons de nous arrêter dans un restaurant. Les enfants dégustent leur Tosti ham en kaas (des croque-monsieur) et nous un vrai plat chaud. C’est chouette de manger assis à une table! Les hollandais ont le bon goût de proposer des plats en petite quantité idéal pour les enfants.

Nous reprenons nos vélos avec un vent froid de face. 

« Vent de face, vente de merde! »

Cet enfoiré nous demande un effort supplémentaire à chaque coup de pédale. Maxine me demande de s’attacher alors que nous pénétrons dans l’immense zone industrielle du port Maasklavt 2. Le défilé des camions à côté de nous est incessant. Heureusement que nous sommes bien en sécurité sur notre piste cyclable. Certains n’ont aucun chargement ce qui amuse beaucoup Maxine. Nous leur crions « Au boulot ! » dès que nous en voyons un rouler à vide. La zone portuaire est envahie de containers. Alors qu’il y a quelques jours je philosophais face à UN porte-container, ce sont d’innombrables cargos de toutes tailles, de péniches, de bateau pilotes ou de camions qui s’affairent autour des boîtes rectangulaires. Le ballet des immenses grues est infini. C’est un manège de titans couleur schtroumpf. Nous arrivons au terminal de notre ferry, planté entre les grues à gauche et une centrale électrique à droite. Il s’intitule « Futureland » et vante les bienfaits de la construction gagnée sur les eaux. En tant qu’écologistes convaincus, on est moyennement convaincu par les explications. Cela fait penser au greenwashing des géants pétroliers comme Total et compagnie, mais je reste subjugué par la prouesse technique et les moyens humains mis en œuvre. 

Nous attendons notre ferry en compagnie d’autres cyclos. Il fait froid mais les enfants trouvent de nombreuses occupations. Ils jouent dans les rochers aux sauveteurs. Un bateau approche de notre ponton. Il nous paraît minuscule comparé aux ogres bariolés du port.

« Ha ha ha ! Si ça se trouve c’est notre bateau ! plaisante Clem.

-Ha ha ha ! Si c’est le cas, c’est la gerboulade assurée ! »

Le bateau se rapproche de plus en plus. Les cyclos présents nous confirment qu’il s’agit bien de notre embarcation… 

Le trajet se passe bien. Maxine est inquiète car nous avons remarqué une tique juste sous sa paupière. Nous craignons un peu qu’Arsène et son poids plume ne passe au travers des gardes corps. Nous approchons de plus près les colosses de métal aperçu plus tôt. L’un d’eux transporte d’énormes pièces métalliques qui sont les composants de la tête d’éoliennes. Un autre transporte du gaz et a de marqué sur sa coque « Gaz should always travel first class ! ». Un pétrolier nous dépasse. Les dimensions de tous ces navires nous font sentir comme des fourmis. Je pense à mes cousins qui pilotes tous les jours ces mastodontes et qui font la fierté de mon grand-père. 

Alors que nous approchons du port d’arrivée, nous apercevons un phoque à quelques mètres de nous. Soudain, le bateau tangue fortement. Mon vélo, installée a l’arrière bouge un peu trop à mon goût et j’imagine déjà mes sacoches passer par-dessus bord. Nous arrivons rapidement à terre puis au camping où une friterie nous permet de manger chaud. Plus que 29 km nous séparent de Rotterdam et de la fin de la première étape de notre voyage.

Jour 23 / 22 juillet 2022

La route pour Rotterdam est monotone. On s’en lasse rapidement. Nous traversons des zones industrielles en continue. Après avoir passé plusieurs jours dans les dunes, le changement est brutal. Notre envie d’arriver est plus importante que notre envie de pédaler. Même les nombreux cygnes sur la berge ne sont plus majestueux dans un tel décor. Une odeur d’égout nous accompagne par intermittence. Les cheminées fumantes à perte de vue sont le reflet de notre société moderne.

Nous arrivons dans la banlieue de Rotterdam. Les immeubles prennent la place des usines, et hormis des petits coins mignons et bien aménagé, l’arrivée dans la ville est triste et sans saveur. Nous le savons d’expérience que les arrivées à vélo dans les grandes villes sont loin d’être une partie de plaisir, Rotterdam ne déroge pas à la règle. 

Alors que nous sommes à 6 kilomètres du camping, Clem me crie de m’arrêter. Elle arrive jusqu’à moi en tenant la tige de la roue avant de Maxine. Celle-ci s’est arrêtée derrière. Sa roue ne tient plus. Une des deux attaches de la roue sur le Follow-me manque à l’appel. Sans cette pièce, Maxine ne peut plus s’attacher à moi et ne peut plus rouler ! Je commence déjà à imaginer comment la retrouver. Nous sommes dans une grande ville, on devrait pouvoir la retrouver dans différents magasins de cycles, mais ça plomberait notre programme. Nous marchons le long de la route où Maxine pense avoir entendu le bruit de la pièce qui tombe. Rien. Que dalle. Nada. La tige a le même diamètre que les visses GoPro, je récupère un écrou sur une des attaches de la caméra et j’arrive à sécuriser la roue de Maxine. Nous repartons dépités mais pressés de finir cette journée. Au bout de 350 mètres, je m’arrête. C’est trop con, j’ai à peine fait le chemin dans l’autre sens, la pièce perdue n’est peut-être pas si loin. Ma bonne étoile ne m’a jamais laissé tomber, même dans les pires situations. Nous décidons de nous séparer, Clem file vers le camping avec les enfants, je refais le chemin à l’envers. Je roule tout doucement en scrutant la route. Tous les vélos me doublent. Et là ! Paf ! Le miracle s’accomplit, je retrouve l’attache. Je rebrousse chemin, animé par une énergie nouvelle et avec une hâte d’annoncer la bonne nouvelle à Clem. Je les retrouve un peu avant le camping. Il est 15h30.

Le camping est juste à côté d’un club hippique, ce qui rend très envieuse Maxine. Nous avons de réelles difficultés à lui faire comprendre qu’elle ne peut pas monter à cheval. Notre fille est têtue, et quand elle a une idée en tête, la frustration qui en découle est terrible.Je pars faire des courses mais peine à trouver une bouteille de gaz. Ce soir, nous mangeons froid. Demain, nous dormons à nouveau à Rotterdam et partons explorer la ville.

Tour d’Europe : semaine 2

Bilan

Nombre de kilomètres : 210km (416km au total)

Vitesse moyenne : 12,3 km/h (ça ne bouge pas !)

Où sommes-nous ? Un peu après Dunkerque

Humeur : tout va bien mais il ne faut pas tirer sur la corde

Nourriture : on est au top, les enfants sont même plus curieux qu’à la maison

Enfant : les enfants parlent de moins en moins de la maison. L’aventure leur plait.

Vélos : les enfants sont étonnants, surtout quand ils décident d’innover par rapport à l’utilisation prévue au départ

Bivouac : RAS

Journal de bord

Jour 8 / 7 juillet 2022

Les enfants ont fait la grasse matinée ! Réveil à 9h, mais tranquille, vraiment tranquille. Pas de pain au camping, je fais quelques kilomètres pour trouver la boulangerie. 

On arrive à décoller à 11h mais on est motivé ce matin ! L’itinéraire est en rouge sur la première portion sur le site de la Velomaritime, on comprend rapidement pourquoi. Nous roulons sur une route départementale très passante. Chaque voiture qui nous dépasse nous fait frissonner. Je constate qu’il y aurait largement la place sur le bas-côté pour une piste cyclable… Les voitures ne respectent pas pour la plupart la limite de 70 km/h, ni les 1,5 mètres réglementaires pour dépasser des cyclistes hors agglomération. Je pense que bien au chaud et en sécurité dans leurs SUV ou leur camping-car, les conducteurs ne se rendent pas compte à quel point cela est désagréable et inquiétant pour nous. Je tire mon fils de 4,5 ans, à chaque fois qu’une voiture me double et se rabat très vite sur moi parce qu’une autre arrive en face, j’imagine le pire, je vois Arsène voler de l’autre côté de la route. Ces images morbides motivent au moins à garder un bon rythme, et les quelques kilomètres s’arrêtent assez vite. Malheureusement, ce ne sera pas la seule fois que la circulation nous usera le moral. 

Nous déjeunons sur la plage de Berck. Les enfants se régalent dur l’immense plage de sable fin balayée par le vent. Des cerfs-volants de toutes les couleurs et forment volent dans le ciel. Une certaine agitation règne en ville. Des personnes avec des badges déambulent dans la ville, et des animations ont été installées. Nous ne saurons pas pourquoi mais ça met une ambiance festive.

Après une longue pause, nous reprenons la route. À nouveau partagée avec les voitures. Cette fois-ci, juste une bande rouge peinte au sol nous sépare des 4 roues. C’est mieux que ce matin mais toujours aussi épuisant. Tellement qu’Arsène s’endort. Maxine se lasse vite de pédaler l’après-midi. Elle envie un peu son frère, mais on ne peut pas le réveiller pour échanger les places. On décide de chercher rapidement un camping pour le dodo. Le premier que nous contactons nous propose 58€ pour la nuit !!! Nous décidons d’aller vers le deuxième, au bord de la mer, au pied des dunes, mais qui nous coûtera tout de même 32€.

Les enfants jouent tranquillement pendant que nous nous battons avec le vent pour monter la tente. Le temps nuageux de la journée a laissé place à un soleil chaud et écrasant. Les pieds dans le sable, impossible de planter la moindre sardine. Le moindre geste nous épuise. J’emmène Maxine se doucher. C’est l’avantage des campings, on a accès à des sanitaires plus ou moins bien. Le bivouac nous manque mais la côte est tellement urbanisée que les spots sur la route manquent un peu à l’appel. 

Après un bon dîner et même une glace en guise de dessert, direction les dunes et la plage. Les enfants sont ravis ! Ils courent, grimpent, se roulent dans les dunes, avant de mettre les pieds dans l’eau. Ils finissent nus sur la plage à sauter dans les vagues.

Le soleil a commencé sa lente course vers la mer. Le sable doux n’est plus si chaud sous nos doigts de pied, il est temps de se coucher. Nos voisins écoutent une série de merde beaucoup trop fort et nous cassent les couilles alors qu’il est 22h45… Bande de petits cons !! Heureusement, Clem leur dit rapidement de cesser de nous importuner.

C’est chouette tout ce sable partout. Tout doux quand on marche, le pied qui se fait délicatement envelopper dans un écrin de viscosité. Cependant, dans une tente, c’est la galère bon sang ! Ça attire les puces de sable, ça s’invite partout, du bout de melon à la banane, des chaussettes au duvets. Demain, il faudra retourner la tente pour espérer s’en débarrasser.

Jour 9 / 8 juillet 2022

Au milieu de la nuit, je sors pour soulager une envie pressante. Joie du camping, il faut se rhabiller, ouvrir la tente délicatement pour ne pas réveiller Clem, les enfants ou les voisins. Puis il faut marcher dans la fraîche obscurité, jusqu’au bloc des sanitaires, faiblement éclairé. Ces instants désagréables ont deux récompenses inestimables cette nuit : 

  1. La voûte étoilée est magnifique, aucune pollution visuelle, et une Grande Ourse qui s’offre à mon regard sans aucune pudeur. 
  2. Un dialogue avec Arsène à moitié endormi : 

« Tu es gentil papa.

-Merci mon chaton, rendors-toi.

-Parfois tu nous disputes, alors en fait tu es un papa moyen gentil. »

Il referme les yeux, et Morphée le rembarque aussitôt avec lui. 

Réveil matinal, et en pleine forme. On s’active dès le réveil pour ranger la tente. Les enfants filent rapidement dans leur monde et nous arrivons à replier la tente et ranger toutes nos sacoches avant 10h et prenons un bon petit déjeuner sur les tables du bar. Le tenancier est déjà à l’œuvre pour installer sa sono, prêt à inonder nos oreilles au doux son de la Lambada comme hier à notre arrivée.

Le grand café fait du bien et nous avons bien réparti les temps des enfants sur le vélo/carriole en fonction de leurs coups de barre respectif. Maxine commence sur le vélo, puis après le dej ira sur la carriole, et finira la journée sur son vélo. Nous n’avions vraiment pas imaginé que Maxine aurait temps envie d’être dans la carriole. Heureusement, il suffit de mettre de la musique et ses jambes peuvent pédaler de nombreux kilomètres. Elle choisit l’artiste et accroche l’enceinte offerte par les copains sur son guidon, et c’est parti ! On a écouté aujourd’hui Clara Luciani, Juliette Armanet et Julien Doré. Sur une chanson de ce dernier, le refrain dit « Elle est pas belle la vie ». Arsène me demande : 

« Pourquoi il dit qu’elle n’est pas belle la vie ? Elle est belle la vie !! »

C’est bien, pour le moment, les enfants partagent les mêmes goûts musicaux que nous (Wejdene mis à part). C’était à peu près la chose sympa du jour car la route était loin d’être une partie de plaisir, vallonée et sur une piste cyclable au bord d’une départementale très (trop) passante. Pas de possibilité de halte, de pause sympa ou de bivouac à notre grand regret. On arrive à faire une bonne pause à Etaples, mais après c’est soleil qui tape fort et routes interminables. Les enfants s’endorment aujourd’hui quand ils sont dans la carriole Weehoo! c’est une bonne chose. Quand Arsène roupille, il vaut mieux que Clem soit derrière moi et fasse la voiture balai, le petit garçon a une certaine tendance à laisser tomber ses doudous. On en a perdu un hier qu’il avait depuis sa naissance. Coup dur (surtout pour Clem).

Pendant une pause Maxine adopte un nouvel escargot. Le quatrième depuis notre départ, espérons que « Coquille peureuse » reste avec nous plus longtemps que ses malheureux prédécesseurs disparus à Saint Val ou tombé de vélo près du Biocoop.

Nous nous arrêtons au château de Hardelot, avec un joli petit jardin qui plairait à ma maman. Une fontaine nous permet de nous raffraichir. Maxine aurait aimé cueillir toutes les fleurs… 

Nous décidons de nous arrêter au camping plus proche même s’il est un peu tôt (16h30), nous avons roule plus de 30 kilomètres et les enfants montrent quelques signes d’ennui. Le camping du Château est joli, même si l’accueil est un peu froid de prime abord. 

« Vous avez réservé ? Non ? Ah la la. Bon là ça va, on va trouver de la place, mais bon, la prochaine fois réservez ! »

On a un peu l’impression de se faire disputer par ce vieux monsieur. Deux secondes plus tard, sa femme surgit de nulle part. 

« Il faut bouger les vélos, ça gêne ! »

Un peu rude, tout ça pour un SUV qui craint pour sa carrosserie. Si t’arrives pas à te faufiler partout, fallait prendre le modèle d’en-dessous ! La femme invective Clem à travers sa baie vitrée pour lui intimer de ne pas remettre les vélos à la même place. Pas franchement bienveillant pour son plus grand plaisir. Le gardien nous accompagne à notre emplacement avec un hooverboard électrique, alors que le camping est minuscule… Celui-ci dispose de frigo en libre-service et ça c’est cool ! 

Les enfants sautent dans le trampoline, Clem lessive et moi je monte le campement. Les enfants font un long moment calme de dessin sur leur carnet. 

Comme tous les soirs, on prend le temps de faire le point et d’évoquer nos pépites et nos cailloux (pratique instaurée par Clem qu’elle a découvert en rejoignant XR).

Pépites : 

  • Arsène : trampoline, chat et musique et avoir aidé maman dans les montées 
  • Maxine : trampoline et le chat
  • Clem : avoir bien roulé avant de perdre le moral et découvrir le château et son jardin
  • Marco : le dîner (pdt sautées, saucisse et champignon)

Cailloux :

  • Arsène : les parents qui se fâchent le soir
  • Maxine : les montées
  • Clem : se tromper de route
  • Marco : les détritus 

Jour 10 / 9 juillet 2022

La journée commence fort avec des bonnes côtes mais sans descente. Un peu dur pour Maxine qui était motivée pour rouler toute seule.

« C’est nul les montées !!! »

On monte, on monte, et on monte encore ! Quand je pense avoir lu un commentaire de ma cousine Hortense qui trouvait l’Eurovélo 4 trop plate…

Maxine est impressionnante ce matin, elle pédale terriblement bien malgré la présence des voitures en voie partagée. Elle est contente, elle écoute Wejdene. Moi, telle un boomer, j’essaie de la devancer pour m’éviter la voix trafiquée de la chanteuse. Alors que je marche dans une montée, je la vois derrière avancer à bonne allure ! Obligé de remonter sur mon vélo ! 

Nous arrivons dans la ville de Portel. Une descente, puis aussitôt une montée. Malheureusement un bus nous bloque dans la montée, interrompant notre élan. 

« C’est le bordel à Portel! s’écrie Clem, hilare. »

C’est agréable d’avoir trouvé une moitié qui sache me faire rire. 

Nous passons la journée avec le vent contre nous. Une sorte d’ennemi invisible qui cherche à tout prix à nous ralentir. 

« Vent de merde ! »

Crier dans les montées permet de se redonner un peu d’énergie. J’essaie de rester courtois la plupart du temps, mais je ne peux m’empêcher de laisser échapper quelques mots plus courants.

Max est super courageuse et monte les côtes comme une cheffe. Arsène est toujours aussi bavard dans sa carriole. Ce n’est pas toujours facile de le suivre en ce moment car toutes nos routes sont partagées avec les motorisés, ce qui hache ses phrases. 

Nous nous arrêtons à l’aquarium de Boulogne-sur-Mer, le plus grand d’Europe. N’étant pas vraiment fan des zoos, nous y allons pour faire plaisir aux enfants et dans l’espoir que le lieu soit pensé pour le bien-être des animaux marins. C’est plutôt le cas, mis à part le spectacle avec les otaries qui a un arrière-goût désagréable de cirque, delphinarium et autres cochonneries du même acabit. Les enfants sont fascinés et émerveillés par tous ces poissons. La grande raie Manta nous survole à plusieurs reprises, c’est impressionnant. La visite est un peu longue pour Arsène qui finit dans mes bras les derniers tableaux. 

En sortant, un soleil de plomb brille toujours. Les herbes sont sèches dans les parcs. Les arbres et leur ombre sont salvateurs. L’insolation n’est pas loin pour l’un de nous quatre, mais lequel ? On reprend la route. Encore une montée, une vraiment longue. Maxine est découragée, et on la comprend. Le vent n’aide pas, il est du genre vicieux. Vivement le plat pays… 

On voit qu’on est dans le Nord, les voitures s’arrêtent plus volontiers pour nous traverser aux passages piétons. 

Nous pédalons 4 km jusqu’au camping de Wimereux. Un total de 20km aujourd’hui. Pas énorme à notre échelle mais un super score pour Maxine ! 

Le camping est agréable et en plus, pour une fois, il ne coûte pas un bras. Arsène et moi montons le campement (surtout moi en vrai, Arsène joue avec la poche à eau). On rejoint ensuite Clem et Maxine, parties rouler encore un peu, sur la plage. Un vent chaud souffle sur la mer mais décourage le bain. Clem m’y encourage et je fais mon premier plouf du voyage. Les enfants jouent avec les vagues et rient comme s’ils découvraient la mer pour la première fois.

On finit la journée en douceur en regardant le début du « Monde de Nemo » pour coller au thème de la journée. 

Les enfants s’endorment, Clem me regarde.

« Tu crois qu’on va y arriver ? 

-Tu en doutes ? 

-Non ! s’exclame Clem avec un joli sourire qui laisse apparaître les reliefs de son visage et les yeux pétillants. »

Le soleil change les couleurs dans la tente. Il devient de plus en plus orange. Bientôt on pourra assister à un coucher du soleil complet au lieu d’être interrompu par la fatigue des enfants. 

Rectification : la lumière orangée est celle d’un lampadaire dehors…

Et sinon, l’insolation, c’était pour moi. Gros mal de crâne au dîner.

Jour 11 / 10 juillet 2022

On commence la matinée en traversant Wimereux qui est très jolie. Et après, c’est parti pour le festival de montées ! 

On a contacté un hôte Warmshowers proche de Calais qui doute un peu que nous arrivions jusque chez lui étant donné la route un peu ardue qui nous attends. Il nous recommande de stopper à Wissant. Maxine commence sur la carriole aujourd’hui. Arsène et Clem écoute les demoiselles de Rochefort. Je ne m’en lasse pas pour le moment. Nous pédalons bien jusqu’à Audinghen. Les paysages sont chouettes. On se fait une bonne pause boulangerie sandwich. Je suis étonné par le prix du sandwich : 5€ !!! Je le prends un café au comptoir du restaurant d’a cote, seulement 1,5€. On en profite pour utiliser leurs toilettes es avec Max et je subtilise un rouleau de pq. Ce n’est pas bien, ce n’est pas cool mais ce produit de première nécessité est indispensable dans les campings et il ne se vend que par paquet de 6 rouleaux minimum ! On ne peut pas se trimballer autant, même pour nos petites fesses. 

Après cela, on pédale bien jusqu’à Wissant. Il est très tentant de continuer, de filer droit devant. Nous sommes en forme, nous pouvons nous le permettre. Il est tôt. Cependant, notre Warmshowers nous ayant conseillé d’y passer, j’insiste.

On mange une très bonne glace dans cette jolie station balnéaire. Café pour Arsène, Caramel beurre salé pour Maxine, Melon pour Clem et barbe à papa pour moi. Nous marchons sur l’immense plage de sable. Il fait très chaud, l’eau fraîche stagnante de la marée sous nos pieds est délicieusement tiède. Pas de vent. C’est chouette. Les enfants ne peuvent s’empêcher de sauter dans les vagues. En l’absence de maillot, ils y vont nus comme des vers. 

Après ces réjouissances, il est 16h15. Trop tôt pour s’arrêter. Je pense que nous ne sommes qu’à 1h de Calais. C’est trop tentant de continuer. Nous remontons sur nos vélos et filons. Nous savons que nous avons une ou deux très grosse montées, mais nous sommes confiants. 

Bah bravo le blaireau Marco, c’était 1h en passant par la départementale, en suivant l’EV4, c’était beaucoup plus! 

Les galères commencent. Nous quittons la route départementale pour pédaler au milieu des champs de blé. Devant nous, la route serpente et monte au milieu des champs sans un seul arbre porteur d’une ombre idéale pour une pause. Ça monte sec. Maxine ne se sent pas de pédaler, Arsène roupille, et Clem n’a pas la force de traîner Maxine. Je mets le pied à terre et pousse mon vélo avec Maxine sur la selle. C’est un peu à cause de moi si on s’est arrêté en pleine course, du coup je prends sur moi. J’arrive à rester particulièrement patient avec les enfants et de bonne humeur.

Maxine voit avec émerveillement que les champs sont gorgés d’escargots. Elle commence une récolte dans sa main puis dans sa sacoche. Les longues descentes laissent enfin place à la montée qui nous aura bien usés. Clem souffre, elle a l’impression d’avoir le double de son poids à porter. Je vois bien que nous ne vivons pas la même intensité d’effort. 

Les côtes continuent, un nouveau mur à franchir. Il faut rester motivé et volontaire. Je me suis bien planté, on est encore loin. 

C’est dur mais c’est beau

Nous arrivons tant bien que mal chez notre hôte après des efforts inédits jusque-là pour Clem et Maxine en particulier. 

Nous dormons dans une petite chambre dans le garage chez Benoit et sa famille. Ils reviennent s’installer en France après plusieurs années d’expatriation en Afrique où ils étaient instituteurs.  Benoit me recommande le phare de Walde après Calais pour observer des phoques. C’est bien noté !

Arsène joue avec les nombreux véhicule Playmobil qui sont dans notre chambre, il est ravi ! Cela fait plaisir à voir. Maxine est un peu plus difficile à contenter. Elle dit non à tout. La fatigue a du raisin d’elle. Nous prenons le temps de nous doucher avant de nous coucher. Je suis particulièrement heureux ce soir, pas de tente à démonter demain matin !! Wouhou !!

Nous sommes arrivés à 19h20 à destination et avons parcouru 43 km.

Jour 12 / 11 juillet 2022

Que du plat ! 

Nous avons le plaisir de ne pas plier la tente ce matin, trop bien. J’ai l’impression que mon corps s’écrasait contre le matelas et mon oreiller tant la fatigue était intense. Nos hôtes ont de nombreuses occupations à gérer, nous rangeons assez rapidement nos affaires pendant que les enfants grappillent encore quelques instants de jeux avec les nombreux Playmobil de la pièce où nous avons dormi. Nous prenons le petit-déj sur la plage, le soleil tape fort, déjà. La journée s’annonce rude.

Maxine est a toujours eu un caractère bien à elle. Très sensible, émotive, déterminée voire têtue. A la maison, on gère cela comme on peut, en voyage à vélo c’est une autre paire de manche. De toute façon, clairement le plus dur dans ce voyage c’est la gestion des humeurs des enfants. Pas la route, les côtes ou la logistique, non ce sont les enfants. 

Nous nous arrêtons dans le centre-ville de Calais les enfants jouent avec les fontaines. Les portions de frites sont monstrueuses ici. 

Nous sortons de la ville par des routes en voie propre mais dans un environnement pas ouf. C’est triste, sans ombre. Il serait bien vu de planter quelques arbres en vue des nombreuses canicules qui vont nous tomber dessus… 

On décide de s’arrêter deux nuits au camping des Oya avec une grande piscine et proche de la plage, le temps que le pire du pic de chaleur passe. Les enfants mettent un temps infernal à accepter de calmer pour se coucher malgré la fatigue. C’est usant. 

Jour 13 / 12 juillet 2022

« Papa ? Est-ce qu’Arsène peut monter derrière moi ? »

La journée avait bien commencé. Une journée sans vélo, sans bouger, sans se presser. Ça s’est senti dès le réveil. Chacun de nous a pris tout son temps pour sortir de la torpeur dans laquelle la nuit nous avait plongés.

Nous avons profité de l’ombre de la haie sur notre emplacement pour prendre le petit déjeuner. La température montait tranquillement vers la canicule annoncée. Nous nous sommes dirigés vers la plage. Sur celle-ci, la mer était fort éloignée. Une certaine impression de néant. Sans la dune derrière moi et Clem et Maxine en maillot de bain devant moi, j’aurais pu m’imaginer sur une autre planète (bon c’est sans doute lié au fait que je relise « La planète des singes » dans l’édition poche pareil que celle de mon papa et que j’avais découvert adolescent ; merci les boîtes à livres !). Après quasiment 1h45 de marche (en ressenti, en vrai c’était plutôt moins d’une dizaine de minutes), nous étions au bord de l’eau. Les enfants ont rapidement fait leur jeu préféré, à savoir sauter dans les vagues, puis nous nous sommes attelés à l’édification d’un fort pour résister à la marée en famille. Arsène et Clem étaient concentrés sur la décoration, Maxine et moi sur la construction. Du fait de la très faible déclivité de la plage (c’est complètement plat !), la mer montait à vue d’œil. Nous nous sommes laissés entourée avant de quitter la plage sous un soleil de plomb, voire de titane. 

Un dej a l’ombre qui rétrécit de plus en plus, un temps calme pour les enfants et une lessive à la main pour moi. Les enfants retrouvent vite le chemin des jeux tout proches. Clem et moi prenons le temps de lire. C’est aussi important pour nous de recharger les batteries, de profiter du moment présent sans avoir la tête dans le guidon. 

« Papa !! »

Maxine insiste et me sort de ma lecture. Ulysse Mérou était pourtant sur le point de découvrir l’origine de la civilisation simienne ! 

« Oui ma puce ? 

-Est-ce que Arsène peut monter derrière moi ? Sur mon vélo ? »

L’idée est ingénieuse mais n’est-elle pas dangereuse ? Arsène est plus que partant, Max a l’air sûre d’elle, on prend le risque d’accéder à sa requête. Et les voilà parti tous les deux à travers le camping l’un derrière l’autre sur la bicyclette de Maxine. Ils reviennent victorieux une dizaine de minutes plus tard. 

« On n’est pas tombé papa, je te jure ! »

Je pars faire des courses, Clem emmène les enfants à la piscine. 

Après le dîner, je pratique mon anglais en discutant de notre projet à notre voisin allemand. Je suis un peu rouillé mais ça commence à être de plus en plus fluide. Il le faut car dans quelques jours on va en avoir besoin avec la Belgique, puis les Pays-Bas, puis tous les autres pays ! 

Un dodo bien mérité après cette journée posés. Petite chasse aux moustiques sous la tente avant de fermer les yeux. C’est plus facile dans un espace restreint avec une lampe de poche, qu’à la maison dans une chambre de 12 m2 et avec un plafond de 2,5 mètres !

Jour 14 / 13 juillet 2022

Journée galère ! Mais alors vraiment galère ! Ça commençait bien. Malgré une nuit un peu agitée pour tout le monde. Moi j’avais trop chaud aux pieds, Maxine dormait entre son matelas et le sien, Arsène glissait sans cesse de son matelas et l’oreiller de Clem n’avait pas envie d’être confortable. Un réveil sous la chaleur malgré l’ombre. Les enfants aux jeux pendant qu’on range les affaires. Environ deux heures tout de même pour tout replier. Deux heures toujours un peu longues qui semblent interminables. L’impression qu’on n’arrivera jamais à tout faire rentrer dans nos sacoches. 

Petite nouveauté du jour, Maxine a maintenant son vélo accroché à moi et Clem tracte la carriole Weehoo!. La route se passe normalement jusqu’à la jolie ville de Gravelines. On s’arrête pour un pique-nique près des remparts. Malgré le pic de chaleur, un léger vent nous fait oublier les folies du mercure. 

Nous repartons. Et c’est là que les problèmes ont commencé. Nous cafouillons pour sortir de la ville. Il n’y a absolument aucune indication. On jongle entre les téléphones pour retrouver l’itinéraire. Cela occasionne quelques tensions entre Clem et moi. Le soleil tape nos nuques et nos nerfs. 

Nous pédalons en suivant la route et comme à notre habitude : « Pas de panneau = tout droit ». Ce théorème a toujours été vérifié et n’a jamais été mis en échec jusqu’à aujourd’hui. Alors que nous pédalons sur une piste que jouxte l’autoroute A16, nous prenons vers la droite et entrons dans le village de Bourbourg. Si la bonne humeur ne m’avait pas déjà quitté à ce moment, j’aurais eu plein d’idée de jeux de mots mais pas là. Il fait chaud. Les enfants commencent à râler (enfin surtout Maxine qui a du mal à comprendre qu’on ne peut pas ramasser tous les escargots de la route). Après un rapide check, on comprend qu’on suit depuis plusieurs kilomètres la mauvaise route… On ne va pas dans le mauvais sens mais on n’est pas sur l’itinéraire. Nous retournons un peu en arrière en se demandant comment nous avions pu louper le panneau indiquant la bonne direction (spoiler : il n’y en avait pas). Nous pédalons maintenant dans une sorte de no man’s land avec le vent face à nous. Cela me rappelle une partie de mon week-end vélo en solo (à lire ici). Nous croisons des tracteurs qui ne ralentissent pas d’un iota en nous voyant. Le premier a le droit à un regard noir, le dixième à des cris de rage et de colère. Nous avançons à faible allure. Nous sommes obligés d’opérer un demi-tour car encore une fois, aucune indication. Ça commence à nous saouler. L’itinéraire est supposé terminé et balisé entièrement sur la partie française au moins. Nous commençons à pédaler avec un œil sur le téléphone, à ralentir à chaque intersection pour vérifier encore et encore notre route.

Nous faisons une halte à Loon-Plage. Il y a une foire et un peu trop de monde pour y envisager un bivouac. Il est 16h30. Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer pendant au minimum 17km pour espérer trouver un endroit où dormir à la sortie de Dunkerque. Nous sommes conscients de tirer sur la corde et que les enfants vont être fatigués (et fatiguant par conséquent). 

Nous arrivons à Grande Synthe. Nous croisons de nombreux caddies abandonnés alors que nous longeons sur une piste cyclable une départementale fortement empruntée. Des migrants en quête d’une terre plus accueillante marche et nous salue. Je frémis en repensant aux barricades de Calais et au courage de ces hommes qui tentent à tout prix de passer chez nos voisins anglais. 

Après un nouveau cafouillage dû à une absence total d’indication, et à la vue des enfants en proie à une fatigue extrême, nous décidons de laisser tomber la Velomaritime et de rejoindre le camping le plus vite possible. Nous ne verrons pas le centre de Dunkerque mais nous empruntons une jolie Véloroute qui devrait partir de l’itinéraire officiel. Nous y apercevons d’ailleurs la toute première indication de l’EV4 depuis une trentaine de kilomètres. 

Le camping est affiché complet mais nous u trouvons une place. Aussitôt les enfants partent pédaler à la découverte de ce nouveau domaine, Maxine aux commandes et d’Arsène sur le porte bagage. 

Les enfants se couchent après plusieurs parties de Uno. La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes plus qu’à 16km de la Belgique ! Nous avons pédalé près de 50 km aujourd’hui. En partant à 11h ce matin, c’est clairement trop. Nous n’avions pas vraiment le choix. Nous avons hâte de retrouver un peu de nature et d’occasions de bivouaquer car là ça nous manque et le budget logement en prend un coup. 

Tour d’Europe : semaine 1

Bilan

Nombre de kilomètres : 206km

Vitesse moyenne : 12,3 km/h

Où sommes-nous ? Fort-Mahon

Humeur : on est content ! Surtout depuis que nous sommes sortis de Normandie.

Nourriture : au début on a un peu cafouillé mais maintenant on commence à bien gérer à la fois les réserves et à varier les menus tout en restant équilibré. 

Enfants : on commence à bien prévenir les coups de mou, mais ils en ont toujours. C’est généralement dans ces moments qu’ils nous parlent de ce qui leur manque : les doudous, la maison, les copains, etc.

Vélos : ils tiennent bien le coup pour le moment ! On est vraiment content d’avoir pris le temps de mettre des pneus Schwalbe Marathon à tout le mondeBivouac : on est très content de notre matériel, surtout les duvets. Personne n’a froid (plutôt chaud), et les enfants prennent plaisir à nous aider à tout installer. C’est toujours long de tout ranger le matin et frustrant car cela nous oblige à commencer à pédaler tard…

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Journal de bord

Jour 1 / 30 juin 2022

Dernier réveil dans un lit, dernière douche, dernier petit déjeuner avec un frigo à côté, dernière course en voiture (de toute façon après l’accident d’hier, j’ai plus envie de conduire !). Plein de dernière fois avant d’enchaîner les premières fois. Les premiers kilomètres, les premières descentes et les premières côtes qui piquent ! Celles entre Héricourt en Caux et Hanouard sont costauds, c’est un bon test que nous passons haut la main malgré notre chargement d’une trentaine de kilo chacun. 

Nous partons à 11h30 après avoir rangé la maison. Il faut réapprendre à faire du vélo, prendre en compte le dérangement des sacoches, le déséquilibre inhérent aux coups de pédales des enfants. La météo n’est pas clémente, mais le plaisir est là. 

Je me demandais depuis longtemps dans quel état d’esprit je serais avant de partir, de commencer à réaliser ce rêve que je cultive depuis plusieurs années. Je m’imaginais impressionné comme avant de m’élancer d’un pont pour un saut à l’élastique, tremblant comme avant de recevoir le sujet de mes concours de classes prépa, paniqué comme pendant ma première sono de mariage. Et non, raté. J’ai juste l’impression de faire ce qu’il faut faire. De suivre le chemin tracé pour moi, devant moi. 

Les enfants pédalent bien, et suivent le rythme sans problème. Nous sommes bercés par le bruit du vent dans les champs de blé, de maïs, de lin et bien d’autres encore :

« C’est quoi ça papa ? me demande Arsene.

-C’est des betteraves ça ! Tu sais ce qu’on fait avec les betteraves?

-Heu… »

Quelques instants d’hésitation, mais je sais qu’il connaît la réponse.

« Du sucre!! Et papa, est-ce que les cochons mangent aussi des betteraves ? »

C’est à mon tour d’hésiter. Les enfants nous posent régulièrement des questions sorties de nulle part qui témoignent de leur curiosité. Maxine aime nous demander : « Qui a inventé les mots ? »

Nous rejoignons la « Véloroute du lin » à l’approche de Cany-Barville. Il est presque 14h, nous achetons des sandwichs dans une boulangerie et partons les dévorer au Lac de Caniel. Les enfants ont envie de profiter des activités mais pour le moment, tout est fermé hormis le ski nautique. Les enfants se créent un monde dans les jeux d’enfants. Ils sont tout à tour papa, maman, capitaine, reine, maître, toutou, etc. Clem et moi réussissons à attraper quelques minutes de sieste sur un coin de table de pique-nique. Soudain, le câble des luges se met en route ! Les nuages sont toujours aussi noirs, si on veut en profiter, il faut se hâter. Après quatre descentes, la pluie revient. Nous attendons une éclaircie pour repartir. Nous retrouvons la voie verte et attaquons un faux plat de 6 kilomètres. Il est presque 18h, nous sommes encore à plus de 30 kilomètres de Pourville… Nous nous arrêtons à Saint Vaast Dieppedal. Nous plantons la tente à côté d’une aire de pique-nique. Les enfants sont heureux de se défouler. Première nuit, premier bivouac.

« Oh non !

-Que se passe-t-il Marco ? 

-Je me suis planté dans les tapis de sol… J’en ai pris un qui est crevé… Punaise, mais je suis trop un boulet ! 

-Mais comment on a pu faire ça ?? »

C’est simple, pas assez de temps pour tout vérifier, et un déménagement par-dessus ça, et on obtient des petites erreurs de préparation. Je reste confiant malgré tout. Cela fait maintenant 36 ans que je suis un boulet et que ce genre d’oubli m’arrive régulièrement, en général ça se passe toujours bien pour moi à la fin. 

Purée, jambon, et au lit tant bien que mal avec Maxine et Arsène qui ne cessent de chahuter. Une fois au lit, nous écoutons les histoires de la nouvelle boite à histoire. 

« Qui c’est qui a eu l’idée de partir aujourd’hui ? interroge Maxine. 

-C’est nous ma chérie, répond Clem. 

-c’est trop bien ! »

Nos yeux ont envie de se fermer, il est 20h30…

Jour 2 / 1er juillet 2022

La nuit a été bonne, un poil dure pour moi dès que le matelas était dégonflé… Les enfants ont mis du temps à s’endormir, un peu trop d’excitation ! Un petit pipi à 4h30 m’a permis d’assister au début du levée du soleil. Une aurore parsemée de nuages majestueux anthracite.

Réveil agréable, pas trop matinale. Arsène a fait quelques heures (minutes) sup alors que nous étions tous levés et avions commencé à ranger la tente. Nous avons pris un petit (trop) léger petit-dej et avons réussi à décoller à 10h avec pour objectif de la journée : Pourville. 

Nous avons évolué sur les routes du Pays de Caux en suivant les panneaux de la vélo route, alternant montées douces et longues descentes. Quitter une voie verte est toujours agréable, cela permet de casser la monotonie de la ligne droite. Un cafouillage de ma part nous a éloigné de l’itinéraire officiel, et nous sommes passés par Fontaine le Dun. Les nerfs étaient un peu à vif, et nous avons tous été bien soulagés d’arriver à Saint Pierre le Viger où nous avons pu faire une bonne pause devant l’ancienne gare bien aménagée.

A partir de là, Maxine a pédalé en autonomie puisque nous retrouvions la voie verte. Une vingtaine de kilomètres avalés sans jamais faiblir, et à chahuter avec le petit frère dans la carriole, ce qui occasionne quelques frayeurs… 

Arsène s’est endormi dans la très longue descente vers Petit Appeville. En arrivant au camping (4*, grand luxe) Maxine écarquille les yeux : 

« C’est là qu’on va ?

-Oui

-Mais c’est le paradis ! »

Un plouf dans une piscine trop froide et une douche plus tard, nous voilà en train de dîner au bord de la mare pleine de poissons sauteurs, de canards en famille et de l’île aux moutons et aux chèvres. 

Nous partons prendre une glace face au soleil couchant a Pourville. Les enfants se couchent tard mais plus sereinement qu’hier. Nous prenons le temps d’énumérer les pépites (= meilleur moment de la journée), cailloux (= moment le moins bien de la journée) et graines (moment à améliorer) de chacun.

Jour 3 / 2 juillet 2022

Est-ce que j’arriverai à écrire tous les jours ?  

Réveil en douceur sous la tente. L’attente du petit dej est un peu longue, le pain commandé à l’accueil du camping n’arrivant qu’à 8h45. Après un bon premier repas, à base de tartine à la pâte à tartiner au chocolat sans huile de palme (on y tient), une banane et un Baby bel, les enfants vont jouer dans les châteaux gonflables et nous nous attelons au démontage de la tente et au rangement des sacoches. Nous avons décidé de prendre notre temps ce matin, on n’est pas pressé ! L’objectif de la journée, c’est de dépasser Dieppe, rien de plus! Le temps est bon, le soleil chauffe tranquillement nos peaux et sèche les vêtements de notre première lessive à la main. 

Nous partons à l’heure du déjeuner, on s’arrête à Pourville pour un déjeuner pas très assidu des enfants qui sont plus intéressés par les chiens présents au restaurant que leurs assiettes. Celles-ci sont trois fois trop fournies et ne seront pas finies. Je m’en ouvre à la restauratrice en partant :

« Je suis désolé, nous n’avons terminé les frites, mais en même temps c’est des belles portions !

-Oui, c’est normal quoi ! »

En s’éloignant un peu, Clem et nous nous faisons la remarque que l’obésité galopante de nos compatriotes est peut-être aussi liée au fait qu’il soit estimé normal une assiette débordante de frites… Ne serait-ce pas possible de proposer différentes tailles de portions d’accompagnements ? Ne serait-ce que pour éviter un tel gâchis ? Genre : 

« Avec votre Fish’n Chips, je vous mets une frite enfant, adolescent, adulte en bonne santé ou adulte en surpoids ? »

Nous partons rapidement et commettons notre première erreur de la journée : l’attention portée à la nutrition. Le ciel est d’un bleu éclatant, ébleuissant serait le mot juste s’il existait. Un vent frais traverse le tissu de nos vêtements, et nous commettons la deuxième erreur de la journée : l’attention portée aux rayons du soleil.

La côte entre Pourville et Dieppe est dure. Longue. Serpentée. Arsène et moi trouvons un bon rythme. Il reste bavard mais j’ai un peu de mal à suivre ses paroles à cause de l’effort. Clem et Maxine ont plus de mal à s’accorder et décident à mi-chemin de se découpler. Maxine achèvera la côte toute seule. A son arrivée, on s’arrête pour la féliciter chaudement avec Clem. Elle vient de grimper près de 2km ! Une cyclo en voyage avec son chien s’arrête pour discuter. C’est toujours agréable d’échanger. 

Je dois passer à Decathlon pour un nouveau tapis de sol. Clem et Maxine rejoignent Dieppe, Arsène et moi remontons. Après une glace en plein soleil (cf première erreur) mais avec un petit vent qui te fait oublier que tu crames (cf deuxième erreur), nous reprenons la route (non sans un arrêt règlementaire aux jeux). Maxine et Arsène échangent leurs montures. Maxine commence à montrer des signes de faiblesses mais nous n’y prêtons pas une grande attention. Des courses et nous attaquons une nouvelle côte pour sortir de Dieppe. Celle-ci nous arrachent des larmes (littéralement pour Clem). Nous roulons ensuite sur du plat, et descendons vers la plage du Puy. Maxine est faible, mais ne dort pas. Arrêtés à un carrefour, il est 16h, nous décidons de commencer à chercher un endroit où poser notre tente. Nous hésitons entre la plage du Puy qui nous ferait quitter l’itinéraire ou Bracquemont, environ deux kilomètres plus loin mais sur l’itinéraire. Un couple de vieux boomers qui nous reprochent de nous être arrêter a un mauvais endroit (pour eux, avec leur voiture, ils avaient largement de quoi passer…), nous décidons de prendre la direction opposée à la leur, ce sera Bracquemont ! Une PUTAIN de côte nous attend. Je commence à sentir mes forces défaillir. Clem fait remarque que Maxine n’a presque rien avalé de la journée à part une glace malgré l’effort de la côte de Dieppe. Je lui donne une compote et des biscuits. Ça va un peu mieux ! Nous marchons une bonne partie de la côte. C’est vraiment dure. Nos muscles ne sont pas encore rodés pour de tels efforts, et nos apports nutritionnels de la journée, franchement pas top. Nous arrivons tant bien que mal à Bracquemont et posons les vélos devant la mairie en se promettant d’y dormir. Je reste avec les enfants et Clem se met en quête d’un lieu où dormir auprès du voisinage. La première personne à qui elle s’adresse nous propose l’hébergement pour la nuit ! Quand Clem me l’annonce, je suis soulagé et tellement fier d’elle. Elle nous a trouvé un toit ! Nous sommes accueillis chez Josiane et Albert. Josiane est bavarde et joyeuse et nous raconte sa vie et celle de sa famille avec un bon entrain. Albert se remet d’un cancer attrapé peu de temps après sa retraite a 70 ans. Cet ébéniste qui a commencé à travailler à l’âge de 13 ans, n’a qu’une envie, se remettre à travailler le bois. Ses créations sont magnifiques, et l’aménagement de la cuisine faite par lui est canon ! 

« J’en ai fait plus de 650 de cuisines ! nous dit-il. Mais je ne faisais pas que ça ! Je m’étais mis sur liste rouge et je n’acceptais que les demandes par le bouche-à-oreille. Ca ne s’arrêtait pas ! Mon métier m’a sauvé. »

De tels mots trouvent un écho particulier en moi alors que jamais un métier ne m’a habité ainsi.  

Josiane nous parle de sa carrière professionnelle, compliquée pendant de longues années au RMI, puis secourue par des formations professionnelles, de bonnes rencontres et un succès à un concours qu’elle réussit face à 3000 autres participants qui lui ont permis de travailler 20 ans dans la fonction publique. Elle partage ses regrets sur son départ en retraite, intervenu en plein confinement du 17 mars 2020, qui ne lui a pas permis de célébrer l’événement comme elle l’imaginait… 

Le couple est adorable et nous invite à dîner. Nous sommes reçus royalement et les enfants ne tiennent pas en place, trop épuisés par la journée (soleil, manque de calorie, effort). 

Nous nous couchons dans un lit ce soir, après une très agréable soirée, et ça c’est sacrément cool !

Jour 4 / 3 juillet 2022

Pas besoin de plier la tente ce matin ! Wouhou !

Réveil dans un lit après une nuit réparatrice sur un matelas confortable. Les enfants se mettent à écouter la Merlin dès qu’ils ouvrent les yeux, c’est un vrai succès cette boîte à histoire ! Pourvu qu’elle tienne le coup pendant un an ! 

Josiane et Albert nous servent un super petit dej et sont contents de voir Maxine manger avec appétit. Nous repartons après une photo souvenir avec nos hôtes, Maxine dans la carriole et Arsène derrière Clem. 

Nous traversons des champs de blé jaune parsemés ici et là de tache rouge des coquelicots, sur fonds de mer, c’est magnifique. Un vent frais nous empêche de souffrir de la chaleur. Nous enchaînons les descentes jusqu’à Criel sur Mer où nous nous posons pour un agréable pique-nique devant la mairie sur une grande étendue d’herbe. Une rivière coule près de nous, les oiseaux ravissent nos oreilles de leurs doux piaillements. Une légère odeur d’excrément des canards chatouille nos narines, mais les légers courant d’air la chasse aussitôt. 

Nous repartons en alternant à nouveau les positions entre Arsène et Maxine. Nous sommes contents de voir qu’Arsène tient bien sur le vélo de Maxine, cela est bon augure pour la suite. 

La côte de Criel plage est ardu, nous décidons de la faire à pied. Les enfants rechignent un peu à marcher à côté de nous mais nous essayons d’y mettre de la bonne humeur en chantant. Il est tôt, nous ne sommes pas pressés, pas de pression. On arrivera là-haut quand on y sera ! Une jolie descente au milieu des champs de blé nous emmène à Mesnil-Val, et une nouvelle côte bien longue nous en fait sortir. Je décide de pédaler quitte à faire des pauses. Maxine, tranquillement installée dans la carriole m’encourage. 

« Allez papa ! Allez papa ! Allez ! On oublie les voitures ! »

Nous nous rapprochons du Tréport où nous décidons de poser les sacoches pour la nuit. L’arrivée dans la ville est impressionnante, tout en descente dans des petites rues assez fréquentées en ce premier week-end de juillet. Une agréable piste cyclable nous promène jusqu’au camping municipal. Les enfants y trouvent avec délice un château gonflable dans lequel ils peuvent jouer pendant que Clem et moi installons le campement. 

Je repense beaucoup à cette rencontre avec Josiane et Albert. Cela s’est passé comme dans les nombreux récits de voyage lu avant le départ : une galère de couchage en perspective, une dose de découragement, suivi d’un soupçon d’audace, et une bonne louche de bienveillance et voilà la recette d’un hébergement chez l’habitant ! On avait du mal à y croire, mais oui, c’est possible de rencontrer des personnes heureuses d’héberger pour une nuit des parfaits inconnus. On n’est pas au niveau de « Nus et culottés » mais c’est une grosse fierté pour nous, surtout pour Clem qui en est à l’origine.

Jour 5 / 4 juillet 2022

On commence le rangement de la tente dès le réveil. Petite déception, le boulanger ne passera pas, il est en vacances! J’enfourche ma bicyclette sans sacoches (c’est drôle un vélo tout léger qui répond bien) et je vais en chercher à l’opposé, à l’autre bout du port du Tréport. Les enfants jouent dans un château gonflable pendant qu’on se charge de replier les dernières affaires. 

On espère aujourd’hui rallier Cayeux ou Saint Valery sur Somme, avec peut-être un dodo chez Aurélien. 

Une piste en bord de mer nous emmène à Mers les Bains, et là les ennuis commencent… Une belle côte très raide, puis une rue pied à terre obligé. Maxou rechigne un peu ce matin, elle est écœurée des montées. On lui installe l’enceinte avec la BO des demoiselles de Rochefort ce qui la ragaillardi totalement ! Arsène a une petite mine, il accuse l’accumulation de la fatigue. 

On grimpe jusqu’au sommet de notre dernière falaise de la côte d’Albâtre et disons aurevoir à la Normandie et bonjour à la Somme ! 

Une pause à Ault, avec jeux dans un skate vide et plein de sable. A partir de Ault, nous serons en voie 100% vélo, ce qui est bien confortable. Nous avançons bien, le ciel est bleu avec de rares et fins nuages, c’est très joli. 

A Cayeux, nous hésitons à pédaler les 12 kilomètres supplémentaires pour dormir chez nos connaissances. Après quelques tergiversations, nous puisons dans les dernières forces familiales et repartons. Nous arrivons à 19h, un peu fatigués mais heureux de ne pas avoir à monter la tente. 

La maison a de nombreuses chambres mais les enfants préfèrent dormir avec nous sur leurs matelas !

Jour 6 / 5 juillet 2022

Journée sans vélo ! 

On commence par une petite balade tranquille dans St Val. Il fait très beau. C’est chouette de ne pas rouler aussi, d’autant plus dans cette ville qui nous est familière. Comme à leur habitude, les enfants arrêtent toutes les personnes qui promènent tranquillement leurs chiens :

« Bonjour, est-ce que je peux le caresser ? »

Ils sont plus ou moins bien reçus, mais en général ils attendrissent les passants. De temps en temps, ils tombent sur des touristes étrangers qui ne les comprennent pas. J’essaie de leur apprendre à demander la même chose en anglais, mais ce n’est pas encore gagné.

Après le déjeuner, bonne surprise pour les enfants, Aurélien a besoin que nous nous occupions de ses chiens. Lorsque je l’annonce à Maxine, ses yeux s’écarquillent de bonheur. Elle a du mal à y croire. Elle qui nous réclame de lui offrir un chien pour son anniversaire de 10 ans, une partie de son rêve se réalise. Nous allons chez Aurélien, et faisons connaissance avec les trois chiens de son amie Laure, bergère de son état. Il y a deux border collies qui l’aide dans son quotidien, Pêche et Safou, et un chien plus calme de compagnie, Luc aussi appelé Loulou. Nous laissons Pêche chez Aurélien, elle n’aime pas trop les enfants, elle préfère travailler avec les moutons. Nous récupérons donc deux chiens et décidons de les balader aussitôt dans Saint Val. Les enfants sont ravis et fiers de promener les toutous. Ils se débrouillent comme des chefs alors que c’est la première fois qu’ils en baladent. Arsène propose à tous les passants de les caresser. De retour à la maison, vers 17h, Aurélien nous demande un nouveau service : donner le biberon aux agneaux abandonnés par leur maman à la ferme de Laure. Une nouvelle fois, les yeux de Maxine s’écarquillent. Nous découvrons la jolie ferme de Laure. Nous sommes accueillis par deux jolis ânes qui nous escortent jusqu’à l’entrée de la bergerie. Aussitôt le troupeau de moutons nous encerclent. Les enfants ne sont pas trop rassurés mais personne ne panique. Nous cherchons la bouilloire et les biberons. Les agneaux affamés nous sautent dessus. 

Nous repartons après une bonne heure à caresser et s’amuser avec les animaux présents. Une soirée agréable et sereine après un bon bain, puis des pâtes bolognaise dévorées par tout le monde !

Jour 7 / 6 juillet 2022

Réveil à 8h, encore dans un lit, mais dans un duvet trop chaud pour l’intérieur d’une maison. Le temps de prendre un petit déjeuner et de ranger nos affaires, il est rapidement 10h15. Nous nous dépêchons car nous avons un train à prendre ! Le petit train touristique de la Baie de Somme qui doit nous emmener jusqu’au Crotoy avec une locomotive à vapeur. Des voyageurs nous aident à hisser nos vélos chargés dans le wagon, et nous prenons place dans de vieilles voitures avec des banquettes en bois. Le trajet est tranquille et plaisant. Nous occupons le temps en faisant des mimes, et en jouant à pierre, feuille, ciseaux.

Après un déjeuner sur une aire de jeux rapidement expédié à cause d’un vent frais malgré le grand ciel bleu. Nous rejoignons le Parc du Marquenterre péniblement. Le fléchage manque de logique et nous éloigne de l’itinéraire de l’Eurovélo 4 avant de nous y ramener… Maxine en a marre de pédaler. Il est l’heure de son coup de barre et les 3 kilomètres annoncés par Google semblent interminables.

La balade dans le Parc est agréable mais un peu longue pour les enfants. J’ai une pensée pour mon neveu Pierre, fan absolue d’oiseaux, il serait ravi lui d’être ici. Maxine n’a qu’une idée en tête trouver un escargot de compagnie qui pourrait l’accompagner pendant le voyage, et Arsène n’a qu’un souhait, que son papa le porte. Les enfants sont tout de même heureux de contempler des cigognes, des foulques, des poules d’eau, des spatules, des aigrettes, des cygnes et tous les petits qui vont avec.

La piste depuis le Parc du Marquenterre jusqu’à Fort-Mahon est parfait. 100% en voie cyclable, pas une seule voiture. A Quend, nous changeons de régions et sommes expédiés dans le sud-ouest de la France : ciel bleu, dune et longues rangés de Pins. Heureusement qu’on croise des friteries pour se rappeler que nous sommes dans le Nord !

Le premier camping où nous nous arrêtons, n’a de camping que le nom. En effet, il n’est plus possible d’y camper, ils ne font que de la location de mobil-home… Les enfants ont un peu de mal à s’endormir, et ils ne commencent à fermer les yeux qu’à 22h. Vivement que le soleil se couche plus tôt !

Chaque jour nous rapproche de la frontière belge que nous avons hâte de traverser.

Allez hop ! En route !

Demain, c’est le départ ! Enfin ! On y est presque ! On a bouclé les sacoches, tout rentre ! Un total de 65 kg répartis sur 12 sacoches. 34 kg pour Marco et 31 pour Clem. Ça va tirer un peu dans les côtes au début, mais nos mollets finiront bien par s’habituer, non ?

Histoire de bien finir les préparatifs, j’ai eu un accident avec la voiture de maman à 18h. Une sombre histoire de stop, d’angle mort et d’un abruti qui s’engage alors qu’il y a une voiture sur la droite ! (l’abruti en question, c’était moi).

Après en avoir bien bavés du déménagement, après une kermesse au top à l‘école des Sapins, récemment devenu école Joséphine Baker, nous avons été tous très heureux de pouvoir souffler et finir de se préparer à Autretot. Les bons copains sont venus faire la fête pendant le weekend. Les enfants étaient ravis de sortir des cartons qui les décourageaient un peu. La maison de Papat et Granny leur a permis de retrouver quelques repères après avoir vu tous leurs jouets disparaitre dans des boites. Ils ont pu faire le plein de dessins animés, de courses poursuites en roller et trottinettes, et en repas assis à une table !

Nous avons eu la chance d’avoir deux articles dans les journaux à qui nous avions transmis des communiqués de presse sans vraiment y croire :

Maintenant, il ne nous reste plus qu’à pédaler, pédaler, pédaler et kiffer.

On est dans les cartons !

Nous voilà à moins d’1 mois du départ. Nous commençons à sérieusement nous préoccuper de notre déménagement. Nous faisons du tri tous les jours et des cartons dès que possible. Nous les remplissons pour le moment de tout ce dont on n’a pas besoin jusqu’à notre départ, mais qu’on sera heureux de retrouver à notre retour (vaisselle, bande-dessinées, livres, chaussures, vêtements d’hiver…). Notre tas d’objet « A donner » grossit de jour en jour. Cela fait du bien de faire le vide, même s’il nous reste encore beaucoup de boulot ! La maison est en bordel, et risque de l’être encore plus dans les prochains jours !

Nous avons partagé le blog sur les réseaux hier soir, nous voilà vraiment officiellement lancés dans l’aventure du blogging ! Nous sommes sans aucun doute à l’aube de notre nouvelle carrière d’influenceur d’instagram ! Wouhou !

Nous profitons des beaux jours et du jardin, et cela nous rappelle à quel point nous avons hâte de profiter pleinement de la nature. Nous avons également hâte de voir comment les automobilistes du reste de l’Europe se comportent face aux cyclistes. Est-ce que nous allons avoir la chance d’en rencontrer des aussi sympas qu’à Rouen ? Comment cette femme à Bois-Guillaume qui se gare rapidement juste devant moi en mettant son clignotant au dernier moment. Ou encore comme ce si gentil monsieur qui refuse de me laisser la priorité sur un boulevard et menace de me casser la gueule avec son enfant de moins de trois ans assis derrière lui un mercredi matin. Ou encore ces deux messieurs BCBG qui ont trouvé que je criais trop fort sur eux alors qu’ils venaient de me doubler en me frôlant dans une petite rue de Bihorel, mais bon ils étaient pressés, ils avaient le droit de ne pas respecter le code de la route et de mettre ma vie en danger. Mon collègue dans sa sagesse infinie me fait remarquer que des cons, il y en a partout. Certes, mais j’ai tout de même l’impression que dès qu’on est à vélo dans Rouen, c’est un festival.

Y’a de plus en plus de cons chaque année. Mais cette année, j’ai l’impression que les cons de l’année prochaine sont déjà là.

Patrick TIMSIT

Demain, c’est mon dernier jour de boulot. Je quitte avec beaucoup de tristesse des collègues qui sont devenus des amis et qui rendaient mon travail plus que plaisant. Je vais pouvoir me concentrer sur les derniers préparatifs. Il nous reste à acquérir :

– réchaud : mais quel combustible choisir ? Est-ce pertinent de nos jours de dépendre du gaz ? Le réchaud multi-combustible est celui le plus utilisé dans les voyages au long cours mais il nécessite un entretien dont j’aimerais ne pas avoir à me soucier. Le réchaud à alcool est bien mais son rendement n’est pas top et le combustible pas toujours évident à trouver. On se dirige sans doute vers un mix entre réchaud à bois et réchaud à gaz. Le site monrechaud.com (https://www.monrechaud.com/) devrait nous apporter satisfaction.

– Go Pro : j’aimerais en avoir une récente pour ramener de belles images, mais il n’est vraiment pas facile d’en trouver d’occasion. Le site du bon coin regorge d’annonce arnaque qui demande des paiements via Paypal alors que les transactions en direct sur le site sont plus sécurisées. Je vais sans doute opter pour du neuf…

– assurance : je sais laquelle prendre, il faut juste qu’on s’en occupe. Le site www.tourdumondiste.com regorge de bons conseils sur le sujet.

– résiliation de nos abonnements : c’est en cours !

– impôt : ça c’est fait, ce sera sans doute plus compliqué à faire l’an prochain. Il faudra que j’arrive à me poser au calme en Norvège pour faire la déclaration 2022. En tout cas avec les prélèvements automatiques, tout est simplifié.

– dire au-revoir à ceux qu’on aime : c’est en cours !

– préparation des vélos : il faut que je commande mon guidon papillon et celui de Maxine, il me faut également une béquille, et des sacs de rangement de sacoche Ortlieb.

On avance pas à pas. Petit à petit, on se rapproche du départ. Et alors qu’il nous semblait lointain et inatteignable il y a encore quelques semaines, voilà qu’il arrive à toute vitesse !