Tour d’Europe : semaines 40 à 43 : de Zagreb (Croatie) à Harta (Hongrie), en passant par la Serbie

Jour 242 / 25 février 2023

Wouhou ! 

On the road again ! 

Après 2 mois et demi de pause hivernale bien au chaud au cœur du célèbre microclimat normand, me voici dans un bus en direction de Zagreb. 

Il fait nuit, nous roulons depuis presque 3h, il ne reste plus que 17h de trajet, et on va enfin faire une pause punaise ! Il était temps. 

00h30 : nous venons de passer la frontière allemande. Des Turques avec un visa expiré se sont fait sortir du car. Je les plains. Il fait froid dehors, 2 degrés. Bien loin de la vague de chaleur hivernale.

01h15 : Karlsruhe. La fatigue est bel et bien arrivée. Je ne vais jamais m’endormir pourtant. Le sommeil profond et réconfortant attendra demain. Cette nuit, c’est somnolence et filet de bave intermittent. Sans parler des réguliers réveils à venir (Stuggart, Munich, Ljubljana). Youpi ! 

2h10 : Stuggart. Nous roulons avec 1h de retard, c’est impossible de s’assoupir. Des gens continuent de monter. Comment est-ce possible. A quel moment tu te dis : « Je vais me prendre un bus à deux heures du matin, tiens ! Ce sera sympa ! ». Ma voisine vient de descendre. Elle était montée à Karlsruhe. Mon siège grince à chaque instant. Je commence à être dans cet état hagard qui submerge tout. Je kiffe un peu tout de même ! Ne plus entendre les gens parler français, les panneaux dans une autre langue, l’inconfort de la route, c’est malgré tout super réjouissant. L’aventure revient, elle recommence, et j’ai envie de dire avec mon plus bel accent « I’m coming baby, fuck yeah ! »

Le monsieur qui s’installe au milieu semble avoir pris une dizaine de café avant de monter. Il s’agite dans tous les sens. Et il est assez costaud. 110 kilos qui remuent sans cesse, ça va vite être reloud. En parlant de reloud, j’ai craqué, je ne tenais plus : j’ai retiré mes pompes. Pourvu que l’agression olfactive n’empêche personne de dormir. 

3h13 : à proximité de Ulm. J’ai dormi presque 1h ! Wouhou ! Il y a de la neige dehors, je ne m’y attendais pas complètement. Nous étions ici à vélo il y a quelques mois seulement, il faisait plus chaud ! Les toilettes de l’aire d’autoroute sont payantes, purée ! 

5h12 : nous quittons les rues enneigées de Munich. Les premiers tramways circulent, la vie reprend, une nouvelle journée commence. 

7h : Salzbourg. La dernière fois que j’ai vu autant de neige, c’était au ski (en 2018).

11h : Ljubljana. Après de jolies montagnes immaculées de blanc, nous sommes de retour en ville.

12h40 : ZAGREB !!! Tout blanc encore punaise ! 

Jour 245 / 28 février 2023

Ici à Zagreb tout roule. Dimanche à mon arrivée Hugo qui a hébergé nos vélos et affaires, m’a accueilli à la gare routière, nous sommes allés chez Neoen juste à côté pour déposer mon sac et voir les vélos des enfants et les sacoches qu’il avait déjà amenés. Ensuite, nous sommes allés chez lui pour ramener à vélo mon vélo et celui de Clem. Hier matin, je me suis acheté un nouveau vélo à Décathlon (264€). J’ai ensuite passé la journée à préparer les vélos (changement de pneu, récupération du guidon, selle, garde-boue, porte bagage, etc…). 

Aujourd’hui je me suis occupé du renvoi à Autretot de la carriole et de quelques bricoles. J’avais peur de devoir me galérer à porter ça jusqu’à la poste et j’étais même pas sur qu’ils puissent le prendre en charge… bref, je flippais un peu! Et à 50 mètres du bureau de Hugo, je vois une entreprise qui a l’air de s’occuper de colis 📦

Je demande et bingo ! C’est bon ! C’est envoyé et ça m’a coûté 53,38€ ! Gros soulagement. Ça m’a fait ma journée ! 

A midi, je vais voir à la gare routière si le bus que nous prenons demain pourra accepter nos vélos. J’ai du mal à croire qu’ils puissent les refuser mais on ne sait jamais. Ce serait bien de pouvoir confirmer cela.

Je n’ai plus qu’à préparer les sacoches et je serais prêt à accueillir Clem et les enfants demain matin. Leur train arrive à 10h40, et nous prenons le bus à 12h pour Novi Sad, nous y arriverons à 18h, et logeons chez une famille trouvée via Warmshowers. Bref, c’est bien parti !

Jour 247 / 2 mars 2023

Hier matin, après avoir installé les sacoches sur les vélos, j’ai remercié une dernière fois Hugo de Neoen pour son aide. Deux de ses collègues m’ont accompagné à la gare routière avec les vélos et nous les avons attachés. C’était étrange de revoir ces montures chargées de sacoches à Zagreb, là où nous avions donné nos derniers coups de pédales en octobre 2022. Alors que je marchais vers la gare ferroviaire pour accueillir Clem et les enfants, j’enfouissais mes mains dans les poches à la recherche d’un peu de chaleur. Le manteau blanc qui recouvrait la capitale de la Croatie à mon arrivée avait complètement disparu mais la morsure du froid était toujours aussi intense. Je regrettais de ne pas porter mon corsaire en laine mérinos sous mon pantalon et d’avoir laissé mes gants dans ma sacoche avant. 

Une fois les embrassades terminées, j’ai repris pour la dernière fois l’itinéraire entre la gare ferroviaire et la gare routière, mais cette fois en tenant la main de mes enfants (et du coup en marchant beaucoup moins vite). Je crois que je peux affirmer bien connaître le secteur après l’avoir arpenté pendant quatre jours. La joie de retrouver Clem et les enfants s’est vite fait avaler par la petite angoisse qui précède les trajets en bus ou train avec des vélos. 

Le bus est arrivé 20 min avant le départ. Le chauffeur après avoir vu la montagne de sacoche et nos vélos nous a fait patienter. Les passagers et leurs énormes valises défilaient devant nous et les soutes se remplissaient dangereusement. Finalement, point d’inquiétude, nous avons trouvé de la place. Heureusement que nous avions anticipé le démontage des roues avant. Nous sommes maintenant, tous les quatre, en route pour Novi Sad (Serbie). Le trajet s’est bien passé. Nous avons perdu du temps car un passager a été oublié sur une aire d’autoroute et il a fallu faire demi-tour pour le récupérer ! Petite surprise à Mitrovska, on devait changer de bus… Nous arrivons avec presque une heure de retard sur l’horaire prévu. Autre petite surprise sur nos téléphones, en Serbie, nous n’avons pas accès à internet (mais nos opérateurs nous indiquent que nous avons déjà fait 60€ de hors forfait sans les utiliser ou presque… 10,24€/Mo ça va vite !). Et bien entendu, je n’ai pas eu la présence d’esprit de pré-enregistrer l’itinéraire pour nous rendre chez nos hôtes Warmshowers. Heureusement qu’un spot de wifi gratuit me permet de faire une capture d’écran pour nous guider à bon port. Nous arrivons de nuit. Il faut remonter les roues avants, charger les vélos et se rouler dans cette ville que l’on découvre. Une belle piste cyclable nous permet de rouler sereinement. Un peu avant notre arrivée, une voiture s’arrête et le conducteur nous demande si nous avons besoin d’aide et si nous allons chez Ivana et Endre ! Bonne pioche ! Il nous guide dans les dernières rues jusqu’à nos hôtes. Une bonne soupe, un bon gratin de pâte et cochon, des discussions en français (ils ont vécus un an à Grenoble) et parfois en anglais. Nos hôtes sont charmants et très accueillants. Ils nous expliquent entre autres qu’ils bénéficient pour leur troisième enfant d’un congé parental de deux ans payés à 100% (pour les deux premiers enfants, ce n’était « que » 1 an).  Cela nous aurait plu… Ils font beaucoup de vélos aussi, à la ville et en vacances. Ils ont d’ailleurs le même cargo que nous. Malgré la fatigue et la timidité, les enfants finissent par jouer avec ceux de nos hôtes. Il est 22h30 quand nous fermons les yeux dans le salon où nous pourrons rester deux nuits. 

Ce matin, nous avons commencé le grand rangement des sacoches. Un peu de tri et préparation d’un nouveau colis à destination d’Autretot pour renvoyer le sac à dos avec lequel Clem a fait le trajet. Heureusement qu’Endre m’aide pour la Poste car c’est pas hyper clair ! Petit truc marrant : les formulaires sont à la fois en serbe et en français ! Endre m’explique que lors de la création de la Yougoslavie, l’administration française a servi d’exemple et qu’ils ont tout fait comme en France ! Bon pas sûr que ce soit le meilleur exemple mais les formulaires sont lisibles pour moi au moins. 

Après un peu de jeu et alors que l’énervement montait doucement chez les enfants, nous avons enfourché nos vélos à vide pour explorer Novi Sad. Une très jolie ville, très piste-cyclée ! Complètement plate et des automobilistes qui te laissent passer systématiquement ! Nous retrouvons le Danube que nous avions aperçu pour la dernière fois à Belgrade après l’avoir quitté en Autriche. Je réalise que le voyage reprend, et cette sensation est grisante. Je redoutais que cette pause ne m’ait ôté l’envie de continuer cette aventure familiale, mais non ! La soif de découverte en famille et la joie de ces paysages inédits est bel et bien là ! 

Demain, presque une semaine après avoir quitté le pays de Caux, le voyage à vélo interrompu en octobre recommence !

Jour 248 / 3 mars 2023

Réveil matinal vers 7h. Un dernier coucou aux enfants de Endre et Ivana qui partent à l’école (en Serbie l’école commence très tôt mais ils prennent le petit dej là-bas). 

Arsène, comme hier, n’en fait qu’à sa tête. Il épuise nos nerfs. Dès le matin, il chahute, crie, grogne. Nous arrivons à sortir rapidement de la maison pour installer les sacoches et des petites décorations sur les vélos des enfants. 

Nous finissons par décoller vers 10h après avoir remercié encore une fois chaleureusement nos hôtes qui nous font reprendre confiance en Warmshowers. Ils accueillent sans cesse des cyclistes des 4 coins du monde chez eux depuis plus de 8 ans. Il faut dire qu’ils sont les seuls à Novi Sad à le faire alors que la ville est sur le tracé de l’EV6. Leur projet de mini camping à l’arrière du jardin nous fait rêver. 

Nous rejoignons le Danube ? Oui ! Et c’est parti pour une journée de piste cyclable ! Nous croisons régulièrement des chiens plus ou moins errants. Certains nous effraient, d’autres nous attendrissent. Le temps est gris, couvert. La terre des champs est noir. Les arbres nus. Mais les sourires et les saluts des personnes croisées nous réchauffent. Notre premier pique-nique hivernal est rapide. Quand il fait froid, les pauses ne s’éternisent pas. Il fait 10 degrés d’après le thermomètre que nous avons embarqué. 

Les enfants jouent en roulant. Maxine retrouve ses positions acrobatiques qu’elle maîtrise malgré le poids de ses deux sacoches arrière. Arsène profite de la piste cyclable pour rouler seul. 

La piste laisse place à une route plus importante. Nous essayons de l’éviter mais il semble que cela nous éloigne trop du Danube… Nous sommes réticents à l’idée de s’aventurer sur cette route passante, cela nous rappelle les mauvais souvenirs de Croatie après Barbant. Nous avons déjà roulé 30 km, mais impossible de planter la tente ici. Nous décidons de nous y aventurer. Les Serbes ont une conduite sportive mais respectent plutôt bien notre présence. Maxine fatigue, je sors la nouvelle sangle pour la soulager. Au bout de 6 km, un chemin sur la gauche file vers le Danube à travers les arbres d’une jeune forêt. Nous y roulons encore quelques centaines de mètres à zigzaguer entre les flaques d’eau avant de sortir la tente. 

Nous sommes tous heureux de retrouver ce cocon, et c’est avec plaisir que nous installons le campement tous ensemble. Pendant que Maxine fait un problème de maths, qu’Arsène et Clem s’occupe et que le dîner chauffe, je change les zips de la tente. Hourra ! Ça marche parfaitement ! Pourvu que ça tienne dans la durée. 

Il est 20h, nous sommes bien au chaud dans nos duvets. Cette journée de reprise a été riche, vraiment chouette même si Arsène a beaucoup de mal à nous écouter en ce moment…

Jour 249 / 4 mars 2023

Nuit un peu longue avec réveils fréquents d’Arsène. C’était frais mais le pic était de 7 degrés, donc ça passe. Les enfants ont bien travaillé pendant que je repliais la tente. Le séjour de celle-ci dans le rackpack fermé pendant 3 mois avec un peu d’humidité a rongé les piquets… 

Nous décollons de notre forêt à 11 heures, et avançons en direction de Baska Palanska sur des chemins de terre sableuse. Le ciel bleu pointe à travers des branches des arbres, la journée s’annonce douce. Nous croisons une voiture qui s’arrête à mon niveau (les Serbes sont un peu machos, il n’y a qu’à moi qu’ils ne s’adressent !). Il me parle, je ne comprends rien mais je sens qu’il essaie de m’expliquer quelque chose à propos de la route. Il descend de sa voiture, et trace un chemin dans la terre pour m’indiquer comment rejoindre la route. Ils sont super cools les Serbes ! Depuis hier, c’est ce sentiment qui prédomine, on sent de la gentillesse et de la bienveillance. Des saluts de la main réguliers ou des Klaxons pour adresser un signe de sympathie. C’est surprenant et agréable ! Le chemin indiqué permet d’éviter une immense décharge, merci !

Nous rejoignons la ville, après des courses, nous sommes contents de retrouver des indications mais celles-ci nous éloignent carrément du Danube ! Nous sommes obligés d’opérer un demi-tour et d’improviser. Sans internet, avec juste notre instinct et une carte Google map préalablement téléchargée. Nous retrouvons la digue du Danube et son chemin de terre sableuse. C’est roulant mais pas efficace. La terre s’agglutine sous les garde boues qui, étonnamment, gardent la boue. Arrivés à un embranchement qui nous éloigne du fleuve, nous stoppons. Une petite étape de 20 km (contre 37 hier). Les enfants jouent à rouler sur la pente douce de la berge. Le soleil qui ne nous a pas quitté de la journée entame déjà sa descente. Nous montons la tente. Un piquet cède au moment de le tendre- Oups – Les zips sont réparés, les piquets pètent ! Un peu de scotch, la forme de la tente est moins belle mais ça a l’air de tenir. Combien de temps ? 

A la fin du dîner, la température a atteint 3 degrés. J’ai préparé des bouillottes pour réchauffer les duvets et nous nous couchons avec les chaussettes au pied, les polaires sur le dos et les bonnets sur la tête !

Jour 250 / 5 mars 2023

250 jours depuis notre départ, comment ça claque ! 

La nuit a été froide, très froide. Jusqu’à un peu moins de zéro. Herbe givrée et tout. Maxine n’a pas eu froid du tout de la nuit, Arsène non plus. Nous avions mis la couverture polaire sous leurs duvets pour les isoler du froid qui vient par en-dessous. Nous n’avions pas ce luxe, du coup la nuit a été fraîche pour nous. Heureusement, la petite bouillotte de 1h du matin a fait du bien. Il n’empêche que le sommeil a été un peu haché. Au matin, la fraîcheur nocturne ne s’était pas totalement dissipée. 

Nous replions la tente et décollons tranquillement vers 11h. Nous commençons par rejoindre un petit village. Rouler sur l’asphalte est plus que plaisant après les quelques kilomètres de la veille dans la piste de terre sableuse ponctuée de flaque. Nous déjeunons à une aire de jeux serbe. Nous commençons à avoir une collection d’aire de jeux à notre actif. Les serbes se montrent toujours autant intrigués par notre cargaison et notre présence. 

Nous retrouvons ensuite la digue du bord de Danube. De nombreux serbes l’empruntent en voiture pour faire le plein de bois. Ils ne manquent jamais de nous saluer. Alors que nous avons pédalé 20 km, l’asphalte disparaît et laisse place à la piste de terre sableuse. Trop dur pour Maxine qui s’arrime à moi avec la sangle shotgun. Arsène est un peu plus en forme, il a réussi à piquer un somme sur le follow-me. Nous pédalons 4/5 km dans cette mouise. Les roues accrochent le sol et rendent l’effort conséquent. Nous sommes en nage et supprimons nos couches. Les images de la nuit frigorifiées se superposent à celles de la journée en train de suer. C’est dommage que la chaleur ne se stocke pas.

Nous installons la tente au bord du Danube dans un camping désaffecté et plutôt propre. Les enfants profitent du terrain de beach-volley pour jouer dans le sable. Clem se rend compte qu’elle a perdu son super bonnet Cotel. Dégoûtée ! Nous faisons un petit feu dans le réchaud à bois en vue d’une session de lavage des corps. Deux familles serbes viennent se balader et discuter avec nous. Ils nous offrent leur sachet de bonbons. 

La toilette est rude mais l’eau est chaude. Les enfants font un peu la grimace, mais même en voyage un minimum d’hygiène corporel est indispensable ! Ils sont récompensés par le désormais traditionnel dessin animé du samedi soir, pendant que nous préparons le repas. La nuit tombe. Juste avant de rentrer sous la tente, deux hommes avec des lampes de poche nous interpellent, en allemand. Il s’agit de policiers serbes qui font des rondes pour s’assurer de l’absence de migrants clandestins et de passeurs. Maintenant que la Croatie a rejoint l’espace Schengen la frontière va devenir l’objet de convoitise de nombreuses personnes qui cherchent à fuir la guerre ou la misère. Ils nous assurent qu’il n’y a aucun problème pour rester ici, et qu’on peut même rester 1 mois si ça nous chante. Privilège de riche ? En tout cas, ça fait de sacrées différences avec les pays précédents où nous flippions lors de nos bivouacs. Troisième nuit d’affilée et tout roule ! 

Il fait moins froid qu’hier, pourvu que ça dure !

Jour 251 / 6 mars 2023

Encore une nuit bien froide. Les petits loups sont résistants ou mieux équipés, mais ils n’ont pas eu froid du tout. Un poil plus dur pour Clem, enrhumée et qui était heureuse d’avoir une bouillotte bien chaude un peu avant 6h quand il faisait 2 degrés dans la tente. Le ciel était incroyable : à droite la lune ambrée glissait vers le Danube, à gauche une douce lumière orangé apparaissait avec les premiers rayons du soleil. 

Le vent nous a cueilli à 8h à notre réveil. Après un bon petit déjeuner, au travail les enfants ! Session d’école bien à l’abri sous la tente.

Le vent souffle et il y a du soleil. Nous prenons le temps de faire un peu de lessive avant le départ, et décollons vers midi. Dès que nous sommes sur nos vélos, le vent se calme et nous profitons du soleil. Nous passons un commerce, fermé. Tant pis, il y en aura bien d’autres sur la route, non ? 

Nous roulons plus d’une heure et demie et ne croisons que très peu de personne et zéro commerce. Le déjeuner sera frugal ! 

Nous passons l’après-midi à pédaler sans voir âme qui vive. Le soleil chauffe notre dos. Arsène roule plus de 10 km en autonomie, impressionnant ! Il parvient ensuite à se reposer sur le follow-me. Au début, nous étions un peu aux aguets de la moindre chute mais il a bien trouvé la stabilité. 

Alors que nous venons de passer la ville de Ziva (ville où le verlan fut inventé en 1987, lorsqu’un touriste français a crié « Vas-y, on est à Ziva ! C’est chelou, c’est pareil ! »), nous constatons que la notion de ville peut-être 5 maisons/bâtiments agricoles dont 4 abandonnés. Un petit chien noir errant et bien costaud s’approche et se met à nous suivre. Il ne grogne pas, et n’aboie pas non plus mais on se méfie. Il se met à nous suivre, et pendant longtemps ! Maxine panique un peu mais garde bien la cadence. Il finit par abandonner au bout de 500 mètres. C’est un peu dur. D’un côté on sent que ces chiens errants veulent retrouver une présence humaine et en même temps, il faut rester méfiant. Les nuages s’amoncellent au-dessus de nos têtes. Nous voyons se déployer autour de nous d’immenses rideaux de pluie qui dansent dans le ciel gris. Des bourrasques annoncent l’imminence d’une averse. Nous accélérons. Les premières gouttes tombent. Froides. Nous approchons d’un village vide et à moitié abandonné alors que le ciel se déverse sur nous. Nous arrivons à nous abriter avant d’être complètement trempé. Nous envisageons un instant de dormir dans cette ferme à l’abandon, mais cela n’inspire pas vraiment confiance. Nous avons encore un peu d’énergie et nous nous remettons en selle aussitôt que la pluie cesse. Quelques kilomètres plus tard nous voilà de nouveau sur notre digue au bord du Danube, nous roulons encore un peu, le temps de trouver notre spot pour la nuit : ce sera au milieu des arbres. Nous montons la tente dans la nuit tombante pendant que les enfants jouent avec des morceaux de bois pour faire un pont pour les vélos. La pluie se remet à tomber une fois la tente montée, ouf ! On est au sec ! Prêts pour une nouvelle nuit !

Jour 252 / 7 mars 2023

Nuit presque chaude dis donc ! Il a fait un peu moins de 10 degrés, autant dire que c’était un sauna ! De nombreuses ondées nous ont arrosés. Malgré la déformation de la tente, pas de dégât à déplorer. Par contre, le petit déjeuner était ultra light, un peu dur. 

Il est 9h15, nous attendons que la pluie se calme pour sortir de la tente. Je suis allé faire la vaisselle au bord du Danube, je me demandais un peu ce que je faisais là et pourquoi j’avais emmené ma famille dans cette galère ! 

La pluie cesse, nous en profitons aussitôt. Les enfants partent consolider le pont construit la veille.

Départ à 10h45. Moins de 5 minutes plus tard : « Papa, j’ai mal aux jambes… ». Maxine, le voyage à vélo, ce n’est pas son truc. Pourtant si elle savait à quel point je suis fier d’elle. 

De nombreuses ruches multicolores jalonnent notre route. Il est 11h30, nous quittons les rives du Danube en direction de Karakuvo, 7 km. Nos réserves de nourritures sont à sec, l’eau est à un niveau sacrément bas aussi. Cela nous force à puiser notre énergie assez loin. Maxine joue sur son vélo et s’imagine en voyage à cheval ou en monitrice équestre. Arsène est en mode repos derrière Clem. La ligne droite est déserte, seuls les bruits des animaux nous rappellent que nous ne sommes pas le lendemain de l’apocalypse. Les champs de terre noir s’étalent à perte de vue. C’est ici le plat pays, pas en Belgique ! Juste avant le pont qui nous fait entrer en ville, un élevage de sanglier distrait les enfants qui se font un plaisir de les nourrir ! 

Nous retrouvons la civilisation et ses mini supermarchés indispensables à la survie des cyclo-voyageurs. Un bon repas qui permet de bien recharger les batteries avant d’attaquer les 10 km de route partagée. Le partage est surtout avec des camions, car la route mène à la frontière croate. Il fait beau et chaud, on se découvre. C’est vraiment très agréable. Il n’y a pas tant de circulation et les Serbes prennent vraiment la peine de bien s’écarter quand ils doublent. Ils ne ralentissent pas, mais ils s’éloignent. Après la frontière, nous retrouvons notre piste cyclable sur la digue au bord du Danube. Elle forme de larges tournants qui nous font serpenter dans un parc naturel. Les enfants se détachent et pédalent seuls. Le soleil est toujours là dans notre dos. 

Alors que la fatigue nous rattrape assez soudainement, nous approchons d’un camping franchement pas accueillant et la piste d’asphalte se transforme en piste de terre & herbe. Nous décidons de pousser les vélos jusqu’à ce que nous trouvions un bon spot bivouac. Au bout de 200 mètres, c’est calme et tranquille. Un endroit un peu jonché de crottes d’animaux sauvages.

Les enfants sont un peu excités et c’est difficile de les calmer. Au lieu de nous aider à installer le campement, ils préfèrent chahuter dans le versant de la digue à rouler dans l’herbe… Nous arrivons à les ramener à la raison, et faisons un petit feu tous ensemble dans le réchaud à bois. Au menu ce soir : sardine, carotte et riz. Le meilleur repas pour Arsène qui se régale. Maxine aussi mais pas fan du riz. Et maintenant c’est l’heure de la bouillotte et au dodo après cette superbe nouvelle journée en Serbie.

Jour 253 / 8 mars 2023

Les animaux de la ferme de Maxine : 

  • 2 chevaux
  • 1 âne
  • 4 moutons (2 femelles, 2 mâles)
  • 4 chèvres
  • 10 lapins nains comme Coco
  • 10 lapins comme Édouard
  • 10 cochons d’Inde
  • 6 cochons
  • 1 chat
  • 1 Golden Retriever
  • 1 rat
  • 2 souris
  • 4 canards
  • 2 cygnes

Eh bien ! Ça va en faire des bouches à nourrir ! Nouvelle nuit fraîche mais pas trop. Des enfants qui s’endorment très vite et qui n’ont pas froid de la nuit, et des parents qui s’endorment à 20h30 maximum. 

La nuit a été rythmée par les micros réveils d’Arsène, les mini-ronflements de Marco et à chaque fois nous nous sommes rendormis bercés par les bruits nocturnes : le hululement d’une chouette, les toc-toc-toc des pics verts, les hurlements des chiens, et d’autres sons non identifiés. 

Le réveil est toujours un peu dur. Le moment où il faut glisser la tête hors de son duvet est une petite épreuve. 

Clem s’occupe de l’école pendant que je finis de plier la tente et de boucler les sacoches. Arsène n’a pas trop envie d’écrire, Maxine s’applique pour la dictée et l’apprentissage des tables de multiplication. 

La reprise est moyenne. Un chemin d’herbe, puis un chemin de terre qui rend la progression laborieuse. J’embarque Arsène derrière moi, assis sur le rackpack. Il est content comme tout ! Nous retrouvons un chemin en dur, nous sommes déjà bien fatigués alors que l’on vient de partir. 

L’itinéraire nous éloigne du Danube et nous embarque sur une petite route tranquille en direction d’Apatin. Encore une fois, nos réserves de nourriture sont épuisées, et nous nous partageons une banane et quelques carrés de chocolat à mi-route. Le dénivelé est toujours égal à zéro. C’est impeccable pour notre reprise. Le soleil nous chauffe et nous oblige à retirer plusieurs couches de vêtements. Maxine est avec moi devant et veut discuter. Ses sujets de prédilection : le cheval, le chat que nous pourrions adopter à notre retour, et tous les animaux qu’elle aura dans sa ferme (voir plus haut). 

A l’arrivée, on sent que chacun mobilise ses dernières ressources pour continuer à avancer. Heureusement la ville est jolie et dispose d’une large allée piétonne accueillante où nous repérons une petite pizzeria alléchante. On ne s’y est pas trompé, nous nous sommes régalés. Premier déjeuner chaud depuis 1 semaine, ça fait du bien. Pour la nuit, nous aimerions trouver une chambre d’hôtel ou autre à un prix abordable. Nous sommes en train d’y réfléchir quand un homme nous aborde en anglais. 

« Bonjour ! Je vous ai vu hier, alors je voulais vous parler. Ça va ? Vous venez d’où ? »

Nous lui expliquons notre projet. Il est impressionné. 

« Et pour dormir, vous faites comment ?

-Nous dormons sous la tente la plupart du temps, à l’exception de ce soir où nous aimerions bien une nuit en dur pour prendre une douche et recharger nos appareils…

-Ok, j’ai une maison de vacances à deux pas d’ici mais je sais pas si ça peut vous intéresser ? »

Tu m’étonnes que ça peut nous intéresser ! Victor m’emmène en voiture jusqu’à la maison, il me parle de la Serbie, du malheur des années 90, de la nostalgie de l’époque de Tito et de la Yougoslavie, il me confie les clefs et me ramène. Il est 16h45. Nous pédalons jusqu’à notre maison rien que pour nous. Les enfants sont ravis, les parents aussi ! Nous pouvons tous nous laver, faire la lessive et la vaisselle. Un bon dîner de pomme de terre sautées, et au lit. Un poêle chauffe la maison un peu fraîche. Les enfants s’endorment après une histoire de la comtesse de Ségur. 

Encore une belle journée serbe avec une rencontre inopinée qui nous a épargné une nuit d’hôtel. Quel plaisir de se coucher dans une pièce où il fait 15 degrés !

Jour 254 / 9 mars 2023

La nuit a été froide malgré le dodo en dur. Je me rend compte que tous mes résumés de journées commencent par le mot froid en ce moment ! 

Après un bon petit déjeuner avec tartines toastées, on s’active pour le rangement et pour faire sécher les derniers vêtements humides. Je file ensuite à vélo rendre les clefs à notre hôte qui est en ville pendant que Clem s’occupe de l’école. J’en profite pour compléter le ravitaillement. Quand je retrouve mon vélo, j’ai l’impression que ma sacoche de guidon de merdouilles a été visitée et mon pneu arrière est à plat. Pas sûr qu’il s’agisse d’un acte de malveillance mais ça y ressemble un peu. Obligé de regonfler à deux reprises mon pneu sur le court trajet jusqu’à la maison. Je change la chambre à air et en moins de 5 minutes c’est plié. Nous pique-niquons sur place et rejoignons notre itinéraire avant 13h. 

Nous sommes loin du Danube aujourd’hui. Il faut dire qu’ici, la frontière avec la Croatie est un peu incertaine, certains territoires faisant encore l’objet de contestations. Au milieu de ce bazar, un juriste tchèque a établi un pays indépendant sur un territoire que personne ne voulait et l’a appelé « Liberland ». Chaque année, un festival y est organisé et des visiteurs du monde entier s’y rendent. 

Au bout de quelques kilomètres nous croisons un chien errant tout gentil qui se met à nous suivre pour le plus grand bonheur de Maxine qui s’imagine déjà l’adopter. Elle le baptise « Beau » en clin d’œil à « Belle et Sébastien ». Nous alternons route de terre et de boue avec les routes en meilleur état. Beau ne nous quitte pas d’une semelle et trotte à nos côtés toute la journée. 

Arsène se débrouille très bien dans les chemins de terre et il est tout fier de pédaler. Il ne cesse de nous réclamer à manger à longueur de journée, alors que pourtant on le nourrit ! 

Il fait super bon aujourd’hui, nous pédalons sans nos manteaux et sans nos polaires ! 

Nous trouvons un bon spot pour le dodo à l’orée d’un bois en bordure d’un champ labouré. Beau reste à côté de nous et s’installe comme pour monter la garde. Nous ne sommes plus qu’à 12 km de la Hongrie et il faudra laisser ce gentil chien en Serbie. J’appréhende le gros chagrin de Maxine au moment il faudra que ce chien nous laisse. L’idéal serait qu’il parte pendant la nuit, mais pour le moment, il ne bouge pas.

La nuit est belle et étoilée, sortir pisser offre un joli spectacle.

Jour 255 / 10 mars 2023

Beaucoup de bruit d’animaux cette nuit ! Des hurlements de chiens réguliers, des oiseaux qui s’énervent, et d’autres sons non identifiés. 

Au réveil, Beau était parti. Maxine était un peu déçue mais nous lui avons expliqué que c’était la meilleure façon de lui dire au revoir. Il est parti de son propre chef. Cela aurait été plus compliqué à la frontière…

Un bon petit déjeuner et la journée commence ! Les enfants s’installent sur le tapis, nous nous apprêtons à replier la tente. Ah tiens non ! Il pleut ! Retour sous la tente… Clem gère l’école des enfants au top. Arsène travaille avec les alphas et Maxine sur des problèmes de maths. La tente tient toujours le coup malgré ce piquet cassé. 

Nous partons et commençons la journée en roulant 2 km dans un chemin de terre. Nous nous sommes éloignés de l’asphalte et du balisage de l’Eurovélo 6 pour trouver un endroit pour le dodo. Cela nous aurait paru infaisable il y a 8 mois, aujourd’hui nous n’hésitons pas à le faire en Serbie.

Pique-nique dans la ville de Bezdan (non aucun mauvais jeu de mot ici). Il ne reste plus que 8 km avant la Hongrie. Nous roulons sur une route en voie partagé, mais on ne la partage pas tant que ça. J’ai (enfin) installé les drapeaux sur nos vélos, nous sommes bien visibles. Il est temps de dire au revoir à ce beau pays à la mauvaise réputation. Nous y avons été super bien accueillis. Les habitants étaient chaleureux. Seule ombre au tableau : la quantité de déchets dans la nature.

Passage de la frontière, tampon dans les passeports et nous voici de nouveau dans l’espace Schengen. Nous retrouvons du réseau, et même si cette déconnexion nous a fait du bien, c’est un peu utile internet. 

Nous nous arrêtons à une aire de jeux après la frontière. Les enfants sont excités. Une mamie arrive avec deux petites brioches pour eux. Elle nous parle spontanément en allemand.

Nous repartons, les enfants montrent des signes de fatigue. Cela fait 1 semaine que nous pédalons tous les jours. Nous roulons près de la frontière. Elle est impressionnante : un grillage surmonté d’une énorme quantité de fil barbelé. A mon avis, il y a des passeurs en train de creuser des tunnels un peu partout ! A moins que ce ne soit le business des échelles qui prennent son essor. Bref, les murs n’ont jamais empêché les migrants de passer mais ça doit satisfaire une partie de l’électorat de Victor Orban. 

Une aire de pique-nique nous tend les bras. Nous savons que le bivouac n’est pas ou peu autorisé en Hongrie. Les patrouilles de police sont régulières. Une d’elle passe. Je vais à leur rencontre pour leur demander si nous pouvons dormir une nuit ici. Ils parlent à leurs collègues au téléphone et c’est ok ! On s’installe sereinement.

Clem et Maxine se lancent dans un Scrabble. J’essaie d’alterner les moments avec Arsène et la préparation du bivouac. 

A 20h, les enfants roupillent !

Jour 256 / 11 mars 2023

Premier dodo en Hongrie ! Et bien on dort aussi bien en Hongrie qu’en Serbie. Maxine s’est endormie avec la bouillotte aux pieds et n’a plus bougé de la nuit. Arsène remue toujours un peu plus et accepte d’enfiler son bonnet au milieu de la nuit et il se rendort aussi sec. Clem et moi alternons les moments de sommeil profond et les micro-insomnies. Le plus dur, c’est le réveil. C’est ce moment où il faut quitter son cocon, mais il me semble en avoir déjà parlé plu haut. 

Ce matin, il fait froid et humide et il pleut. Nous restons longtemps dans la tente avant de pouvoir sortir. La session d’école se passe sur les tables de pique-nique mais dans le froid, c’est plus dur de se concentrer. 

Le retour dans l’UE nous permet de nouveau de profiter des histoires de France Inter. Nous rejoignons le Danube et cette digue que nous connaissons bien. Derrière nous, des fils barbelés et des grillages, c’est la frontière avec la Serbie et la Croatie. Nous roulons droit vers le nord, vers Budapest. 

Nous nous arrêtons un peu pour nourrir des chèvres et des moutons. Un peu plus loin, Clem et Maxine aperçoivent des ombres dans la forêt. Nous nous approchons un peu avec Maxine, pas sûr qu’il s’agisse de sangliers, on dirait plutôt trois petits cochons sauvages noirs. 

Un vent frais souffle fort. Il est presque face à nous, légèrement de côté. Et c’est dur. C’est froid. Glacial. On peine un peu. Une bonne pause sur un des versants de la digue nous permet de s’abriter du vent le temps de manger. Le soleil pointe le bout de son nez et nous chauffe. Clem et moi piquons un petit somme, les enfants roulent boulent dans la descente. 

Nous arrivons près de la ville de Mohacs. Nous prenons un bac pour rejoindre la ville et faire des courses. Les Hongrois nous paraissent un peu moins sympathiques que les Serbes qui nous saluaient si souvent. 

Le ravitaillement dans les sacoches, nous reprenons le bac dans l’autre sens et retrouvons la digue et ses multiples possibilités de bivouacs. Nous trouvons notre bonheur vers 17h, dans les arbres en espérant que ceux-ci nous permettent de garder un peu de chaleur. Il devrait faire 0 degré ce soir.

Jour 257 / 12 mars 2023

La nuit a bien été froide. Une bouillotte de minuit a été nécessaire pour rester confortable et c’est bien passé. 

Pendant que nous rangeons la tente, les enfants jouent dans les arbres autour de nous. Ils sont trop contents de se construire une cabane.

Nous prenons notre temps comme d’habitude et décollons vers 11h45. Le chemin est simple. Toujours le même. Loin d’être lassant, ce chemin est rassurant. On peut laisser les enfants expérimenter : Maxine adore avoir son petit frère derrière elle sur son porte bagage. Ils essaient aussi la sangle shotgun entre le vélo de Maxine et celui d’Arsène. Heureusement, la route n’est pas trop fréquentée. Nous nous arrêtons le temps d’un déjeuner juste à côté d’un match de foot amateur. Nous profitons du vestiaire pour faire le plein d’eau. 

Nous repartons. Le vent souffle bien moins fort qu’hier. Il fait super beau. Le soleil nous chauffe le dos. 

Nous atteignons la ville Szrelem. Les magasins sont fermés. Nous hésitons. Il est 15h, est-ce que nous arrêtons pour aujourd’hui ? Hum. Il y a encore une quinzaine de kilomètres jusqu’à Baja et son Lidl qui nous permettrait d’avoir un bon petit déjeuner demain. Nous sommes motivés et nous pédalons. Je tire Maxine qui fatigue. Cela nous permet d’avoir un bon rythme jusqu’à la ville. Le temps de faire les courses, il est déjà 17h15. Nous cafouillons à la sortie de la ville. L’Ev6 est indiquée dans le sens contraire de celui que nous suivons. Gros doute et un peu de stress alors que le soleil a entamé sa course finale. Nous retrouvons la signalisation en faisant confiance à notre instinct. OUF ! Maintenant, quittons cette ville pour trouver un bivouac. Nous roulons, encore et encore. Il y a de nombreuses résidences de bord de Danube. Pas beaucoup de spots pour nous. La lumière diminue. L’obscurité envahit la route. Nous nous décidons pour le creux de la digue côté Danube. Tant pis pour la discrétion. Il fait nuit noire et nous montons la tente à la lueur de nos lampes frontales. 

Une bonne soupe, une histoire de la comtesse de Ségur et au lit ! 

Nombre de kilomètres parcouru : 45,5 km ! Nouveau record !

Jour 258 / 13 mars 2023

Le vent dans le dos, le soleil dans le dos aussi, le ciel bleu au-dessus de nous, la nature en éveil autour de nous. C’est une bonne journée ! 

Ravitaillement en eau à 14h30 dans la ville de Fajsz. J’arrive à demander grâce à Google Trad si l’eau du cimetière est potable. Les habitants me répondent positivement. Hourra ! Ah, les robinets sont à sec. Zut, zut, zut ! Je me mets en quête d’une personne dans son jardin pour demander quand Clem m’interpelle. Un vieux couple parlant relativement bien anglais pour un bled aussi paumé nous offre de l’eau. Quelqu’un lui a indiqué que nous en cherchions. Trop cool ! 

Nous continuons de rouler, il fait beau. Le moral est vraiment bon. C’est chouette. 

Vers 15h30 après trois kilomètres sur une piste sableuse, où je tire Maxine, nous avisons une piste qui part vers le Danube. Nous avons déjà roulé 26 kilomètres, c’est fini pour aujourd’hui ! Nous avons une jolie petite plage pour nous. Il y a un peu de pollution, mais c’est acceptable. Les enfants se jettent sur le sable et s’occupent bien. Clem et moi en profitons pour nous préparer une douche presque chaude. C’est un peu dur de se déshabiller, mais après 4 jours, ça fait du bien ! 

La soirée tombe, le soleil diminue. Nous montons la tente et au dodo.

Jour 259 / 14 mars 2023

Le Danube est immense ! Large ! Il a même des reflets bleus quand il fait un temps magnifique comme aujourd’hui.

Réveil tranquille et ensoleillé au bord de l’eau. La nuit a été bien plus douce que la précédente. Nous avons bien dormi encore une fois. Après le petit déjeuner, les enfants sont partis sur la plage pour jouer au bord de l’eau pendant que nous rangions. Une fois le rangement fait, Nous nous sommes installés avec eux pour faire une petite session d’école avant de repartir. Il fait très beaux et très chaud, crème solaire pour tout le monde ! 

Nous roulons, il fait beau, c’est chouette de rouler sans gant pour les uns et en teeshirt pour Maxine. Dans le petit village de Fokto, alors que nous sommes à la recherche d’un magasin pour le ravitaillement, deux cyclistes hongrois nous interpellent. En comprenant que nous sommes français, la femme s’exclame dans un français impeccable : « Bonjour ! Comment allez-vous ? ». Elle s’appelle Anett. Elle est professeur de d’histoire et nous invite à boire un café chez elle dans la ville à 5 km de là. Nous acceptons avec joie. Il est trop tôt pour accepter son invitation à dormir chez eux, mais nous sommes bien reçus. Les enfants jouent avec le petit chat, ils sont aux anges. Anett et son mari nous donne de précieux conseils pour la suite de notre voyage et nous envoie vers un lac pour la fin de la journée plutôt qu’au bord du Danube. Nous suivons le conseil !

Toute la sortie de la ville de Kalocsa est bien piste-cyclée, c’est chouette ! 

Après 15 km de routes partagée à travers les villages de Szakmár, puis Újtelek, nous arrivons au lac de Szelidi. Nous demandons à un restaurant pour camper devant chez eux, ils acceptent ! Hourra ! Les enfants se défoulent sur l’aire de jeux toute proche et nous montons la tente. Je déchire la toile de celle-ci sur 4 cm. Parfait ! Pile-poil le jour où une grosse pluie est annoncée ! Chapeau l’artiste ! Nous essaierons de récupérer de quoi la réparer à Budapest ou Bratislava. 

Demain, c’est le jour de la fête nationale, tout sera fermé.  Heureusement Anett nous a prévenu et nous avons fait le ravitaillement en conséquence.

Jour 260 / 15 mars 2023

Il est 1h45 du matin. Impossible de trouver le sommeil pour Clem et moi. La pluie et le vent pèse sur la tente et sur mon esprit. Le bruit de la toile qui claque car impossible à tendre tends mes nerfs. Les enfants, comme à leur habitude dorment profondément.

`« Allez, on met la musique ! »

Arsène parle et gémit un peu dans sommeil, il nous assure ne pas avoir froid. Le nouveau plaid polaire de chez Tesco placé entre les duvets et les tapis de sol assure une bonne barrière contre le froid qui vient du sol.

Pas de fuite dans la tente, notre réparation de fortune du toit a bien marché. La nuit, pleine d’insomnie, nous permis de réfléchir à une réparation de notre piquet.

Nous réussissons à pédaler 12 kilomètres aujourd’hui. C’est presque un exploit compte tenu du vent de face à 28 km/h avec des rafales à 48 km/h et le froid. Un froid humide qui vous pénètre au plus profond. Maxine a froid aux doigts quand nous trouvons une chouette plage au bord du Danube où nous décidons de planter la tente à 12h. En attendant, nous installons les enfants à l’abri sous la terrasse abritée d’un restaurant fermé.

Pour réparer le piquet, je coupe l’élastique qui les relie tous, et je déplace les deux piquets malades vers le début où il y a moins de courbe et tension. Je consolide avec une tige en plastique dure de drapeau dont nous ne nous servons pas, et le tour est joué ! On va peut-être réussir à l’emmener jusqu’à la Norvège cette tente finalement !

Je fais des bonnes crêpes pour accompagner un dessin animé bien à l’abri sous la tente. Il y a une sorte de cuisine avec électricité, parfait !

11 commentaires sur « Tour d’Europe : semaines 40 à 43 : de Zagreb (Croatie) à Harta (Hongrie), en passant par la Serbie »

  1. Coucou ! Voilà un bout de soirée occupée à lire votre récit au coin du feu comme si quelques degrés de nos bûches incandescentes pouvaient arriver jusqu’à vous ! Je me dis parfois qu’il faudrait qu’on essaye un jour de planter la tente ds le jardin histoire de voir mais j’ai comme l’impression que tenir 1h serait pour moi un exploit 😂. J’ai une petite pensée pour vous lorsque je vais au boulot sur mon 2 roues par tous les temps…bon ok je n’ai qu’1,5 km mais raison de plus pour ne pas prendre la voiture !
    Bon allez, il est 23h14, vous devez dormir depuis un bon bout de temps, bientôt le 16 mars, et une nouvelle journée de découvertes pour vous. Bises à tous les 4 😘😘😘😘

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  2. Bravo bravo et courage dans quelques jours ce sera le printemps • petite histoire d’hier et aujourd’hui . Vous avez avez une passion sportive et j’ai une passion qui s’appelle le bridge et durant les 2 derniers jours j’avais une compétition de bridge avec une amie qui est Hongroise et habitent à Mont Saint Aignan avec son mari , mais toute la famille habitent à Budapest . Ils ont tous les 2 un très très fort accent et pourtant ils son en France depuis 20 ans .
    Merci de raconter votre belle aventure c’est génial .

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  3. Super de suivre à nouveau vos aventures, bien au chaud à la maison je dois l’avouer.
    Je vous souhaite une arrivée du printemps et encore plein de belles rencontres. Bisous

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  4. Bravo pour votre joyeuse résistance ! Votre partage me sort de mon cocon. Bonne continuation et surtout de nouvelles belles rencontres qui font la richesse du voyage…il me semble ! Et bravo les enfants, vous êtes super courageux 👍😊

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